Les Bahamas


Dimanche 27 mai 2001.

Arrivée en face de Mattew Town à 8 h 30. Nous nous reposons d'une navigation qui aura durée 4 jours et 5 nuits. Pas mal pour un début de croisière hauturière pour Thérèse.
Nous décidons de manger avant d'aller en ville. Thérèse nous fait un chop suey avec des légumes. Nous mettons l'annexe à l'eau et mettons pieds à terre après cette petite semaine en mer. Un délice à peine savouré qu'une armada de moustiques noirs se jette goulûment sur nos peaux de blancs tendres à souhait. C'est la curée.
Nous n'avons aucune protection, heureusement on nous indique un endroit pas loin où nous achetons (6,95 dollars US !!!) une bombe de keep-of. Un délicieux parfum pour nos peaux irritées ! On trouve même de la glace dans un endroit qui ressemblait à tout sauf à un dépôt de glace.
De retour au bateau, nous levons l'ancre à 14 h 30.

14 h 30. Sous spi et 2 nœuds de vent nous nous dirigeons vers la pointe nord-ouest de l'île pour y être tranquille. Le trajet s'effectue principalement au moteur car après une ½ heure de pétole, je remballe le bastringue spi et grand voile et en avant le Volvo. 7 miles après nous jetons l'ancre dans un coin de paradis oublié des circuits touristiques.

17 h 30. Juste après avoir mouillé, je plonge pour contrôler l'ancre sur fond de corail toujours incertain. Elle n'ira nulle part.
Je demande à Thérèse l'outil pour attraper les langoustes. On ne sait jamais, j'aurai peut-être plus de chance dans ce coin. Après quelques brasses dans une eau magnifique et des fonds superbes, je vois une grosse langouste même pas embusquée. Elle semble prendre l'air sur le pas de sa porte à la fin de la journée. En un tour de main grâce à cet outil, je ramène une très belle prise à Thérèse. Elle qui jusqu'à présent n'était pas tellement impressionnée par mes piètres performances à la ligne, exulte de joie à la vue du monstre que je lui ramène. On prend des photos, on la regarde, on se regarde … Puis il faut la tuer, et ça c'est pas un truc sympa.
J'y vais à reculons mais nos estomacs eux, ne font pas dans la dentelle. Alors je lui tords le corps comme un barbare sauvage. Je la coupe en deux alors qu'elle est encore vivante, mais comment faire autrement, elle ne meurt qu'après une ½ journée laissée à l'air libre. Pas le temps d'attendre. Ensuite, Thérèse prend la relève et nous cuisine un superbe plat digne des meilleurs restaurants west indians. Après ça on se couche le ventre plein mais bien fatigué. C'est un grand bonheur de se retrouver seul dans un cadre idyllique à manger des fruits de mer en face d'une plage de sable blanc.

 
Lundi 28 mai 2001.

Réveil à 9 h 00. Je fais la vaisselle. Ah oui j'ai quand même oublié de mentionner que vers 17 h 30, les moustiques se sont rués sur nous et il a fallu flittoxer le bateau, installer les moustiquaires et s'asperger copieusement de bombe. Au retour de ma pêche, le chat s'est attaqué au monstre. Un vrai carnassier ce chat. Donc, réveil à 9 h 00, vaisselle de la veille, rangement, séchage des draps couettes et mousses. Puis je retourne chez le poissonnier pour une autre langouste. Je plonge sur la première tête de corail d'importance. Il y en a une tapie à l'intérieur presque aussi belle que celle d'hier. Un coin idéal pour se nourrir ici. Mais cette fois, elle se débat et parvient à s'enfuir. Il me faudra 5 à 6 tentatives avant de ramener le dîner. Au déjeuner nous avons les restes du dîner d'hier soir. Cette fois, je m'y prends mieux pour la tuer !!
Ensuite je nettoie la coque, tant qu'à être dans l'eau, et après le déjeuner, nous allons à terre sur notre plage avec le chat. Cet animal semble être assez exceptionnel car avant d'aller à la chasse à la langouste j'ai voulu le mettre à l'eau pour qu'il se rende compte du danger. Il s'est vite adapté et sans un gueulement je l'ai remonté à bord. Pas un cri, rien. Tout en dignité. A la plage c'était moins snob. Il miaulait toutes les cinq secondes effrayé par le sable et l'étrangeté de cet environnement nouveau pour lui, puis aussi abruti par une chaleur, j'imagine, difficilement supportable pour un animal à fourrure.
Thérèse et moi nous sommes baignés comme des Robinsons. De retour au bateau nous préparons tout, rangement, organisation, navigation et vers 17 h 15…

17 h 15. Départ vers la pointe sud d'Acklins Island. Le vent est de l'ordre de 20 nœuds, le bateau est au travers. Ca veut dire écoutilles fermées à cause des embruns et une chaleur étouffante à l'intérieur. Je transpire à grosses gouttes en écrivant ces mots. Le chat est comme d'habitude juste à côté de moi sur la pile de linge sale qui grossit de jour en jour soit dit en passant. Il est groggy par les 2 bains de la journée (eh oui on l'a aussi baigné sur la plage !). Il se tiendra sage pour un moment. Hier soir on aurait dit une boule dans un flipper tellement le zébulon s'agitait. Il a fallut l'enfermer pour pouvoir dormir.

20 h 00. Le vent forcit, l'horizon se bouche et je commence à anticiper les grains dans la nuit. De plus je m'aperçois que grâce à ce vent fort de travers, le bateau fonce à 6 nœuds, ça veut dire qu'on sera en vue de la terre (la pointe sud de l'île) avant le lever du soleil. Alors je prends 2 ris dans la grand voile et enroule un peu le génois. Le pilote apprécie car le bateau toujours aussi ardent avait tendance à pousser Z vers ses limites.

01 h 00. Je ne dors toujours pas car le bateau cogne et les vagues se forment au point de déporter l'arrière du bateau. Thérèse émerge de son sommeil, certes agité mais quand même sommeil. A moitié endormie elle me demande d'utiliser les wc. Mais sur l'amure tribord les chiottes sont inutilisables. La petite princesse doit se résoudre à faire pipi accroupie dans le cockpit au vent et aux embruns. C'est aussi ça la vie à bord d'un bateau qui navigue. Après son affaire, je lui sort un seau d'eau de mer pour s'essuyer ses pieds quelque peu trempés d'urine. Je n'ai même pas le temps de sécuriser le seau au balcon qu'une belle saloperie de vague passe par-dessus les filières et nous submerge complètement. Thérèse nue est trempée ainsi que moi qui suis habillé. Elle rigole à s'en faire pêter les abdos. Moi j'enrage, fatigué et trempé, j'insulte ces vagues traîtresses. J'enroule encore le génois. Le vent est force 7 au moins dans un grain sérieux. Nous rentrons pour nous sécher et nous habiller à l'intérieur c'est un vrai four humide.

03 h 00. Je prends un troisième ris et enroule le génois en ne laissant qu'un mètre carré pour équilibrer le bateau car il est devenu évident que cette pointe sud arrive trop vite.

05 h 30. Je passe le cap sud de l'île et remonte au prés serré le long de la côte pour aller mouiller sous le vent. Mais je remonte un peu trop loin dans une zone à très faible tirant d'eau. Je fais demi-tour en urgence pour retrouver de la profondeur et mouille 1 mile plus bas par 4 m de haut mais à 300 m de la côte.

 
Mardi 29 mai 2001.

06 h 30. Je vais me coucher, explosé comme d'habitude après une nuit blanche mouvementée.

Vers 12 h 30 nous mangeons et je dois tenter après le repos de ramener le dîner. Je plonge avec l'attrape langouste mais dois me rendre à l'évidence, il n'y a pas de langouste dans ce coin. Par contre il y foisonne une multitude de poissons en tout genre. Des balistes, des murènes, des seiches, des soles, des mollusques, des snipers, des mérous, etc. Je vois même un gros barracuda venu me rendre visite ainsi qu'un requin-nurse de très belle taille. Mais, comme ces prédateurs ne s'intéressent pas à moi, je retourne au bateau pour troquer mon outil à langouste contre le petit fusil harpon. Après quelques tentatives infructueuses dues au manque de puissance du fusil harpon, je ramène à Thérèse 2 balistes et 1 petit mérou. 2 autres balistes et un autre mérou de petite taille réussissent à se détacher !! (C'est dommage).
Thérèse nous cuisine tout ça avec une sauce aux champignons délicieuse. Les fonds sont tellement beaux sur ces îles que c'est un ravissement quotidien d'aller chercher sa nourriture dans la nature.

22 h 00. Dodo, fatigué mais heureux.

 
Mercredi 30 mai 2001.

11 h 30. Départ pour s'arrêter à Alberttown sur Longkay deCrooked Island. La navigation est superbe sous spi avec un petit vent de 10 nœuds. Je me baigne accroché à la poupe de Winnibelle car la chaleur est intense avec l'été qui s'approche.

18 h 00. Le ciel se bouche et l'atterrissage prévu à l'ouest de Longkay devient problématique car un gros orage éclate avec du vent devenu contraire qui nous pousse à la côte. Il pleut et nous nous rinçons tous les deux dans le plus simple appareil. Je grenouille un peu dans le coin sans oser me rapprocher de la côte. Finalement je décide de mouiller au sud de cette île pour me protéger du vent devenu Nord-ouest.

19 h 30. Winnibelle est ancré et le coin est superbe. Le vent est totalement tombé et je ne sais pas s'il va se relever et dans quelle direction.

0 h 30. Branle bas de combat, le vent s'est relevé plein sud-est rendant le mouillage extrêmement inconfortable voir dangereux. Nous sommes à l'avant Thérèse et moi sans pouvoir fermer l'œil, secoués comme des cocotiers. S'en est trop, je relève le mouillage, me guide avec difficulté et remonte l'île vers le Nord pour mouiller sur le versant Ouest. Le sondeur indique 2 m alors que nous sommes à 500 m de la côte. Heureusement c'est le sondeur qui indique n'importe quoi passé 100 m de profondeur. Comme il est 1 h du matin, j'utilise le sondeur comme sécurité. Il me faut tout arrêter puis jeter un grappin fermé au bout d'un long cordage pour être sur que nous ne sommes pas au-dessus d'un haut fond pas indiqué sur la carte en plus !!

1 h 30. Je mouille près de la plage par 8 m d'eau en pleine nuit. Mais là c'est le grand calme. Nous nous couchons quelques peu excités par toute cette activité. Mais après encore quelques incursions sur le pont pour stopper les battements d'une drisse sur le mât, nous nous endormons finalement.

 
Jeudi 31 mai 2001.

Réveil à 9 h 00 tranquille. Le chat est dans une phase tea cook ! Après un bon petit déjeuner, je pars à la pêche à la langouste. Au bout de quelques minutes, je dois aussi ici me rendre à l'évidence, il n'y en a pas dans les parages. Je retourne au bateau et récupère le petit fusil. J'ai repéré des mérous dans un endroit fabuleux où grouillent des poissons de toutes sortes. Il me faut 3 plongées à 11 m pour repérer un mérou de belle taille.
Arrivé tout doucement sur le récif, je me glisse dessous sans bruit et le vois, tapis au fond d'un petit couloir de corail. J'ajuste car il ne me présente que son corps. Lui ne me voit pas, car sa tête est ailleurs ! Puis je tire. C'est un moment un peu magique car si la flèche l'atteint au bon endroit, nous aurons un bon repas en perspective, mais il est plus gros que je ne l'avais pensé. Il se débat puissamment et en 1 seconde il est déjà libéré de la flèche.
Pendant la remontée, j'observe l'endroit où il rentre pour s'y dissimuler. Il me faut recharger le fusil et tenter de le retrouver pour achever la prise, mais à ma grande stupeur, la flèche est brisée nette en deux parties au niveau de l'encoche pour le tendeur. La fracture est nette et sans rouille. Ce poisson était trop puissant pour mon fusil. Alors je retourne une deuxième fois au bateau pour chercher le méga fusil, celui que je n'utilise que pour les grandes occasions et c'en est une.
Thérèse me tend l'arme absolue, un fusil que j'ai de la peine à tenir droit sous l'eau tellement il est lourd. Je plonge à 11 m environ là où je l'ai vu rentrer. J'enfouis ma tête sous le récif et je le vois, ou plutôt, j'aperçois un bout de son flanc gras à travers une fenêtre naturelle. J'ajuste et tire par cette cavité. Il est coincé et ne bouge même pas. La flèche ne l'a pas traversé. Il me faut pousser sur elle pour la sentir atteindre l'autre flanc et le traverser. De cette manière, les deux barbillons de la pointe s'ouvrent et sécurisent la prise. Je remonte à la surface sans le fusil qui gît au fond près de la tête de corail. A cet instant je suis sûr de remonter le mérou à la prochaine plongée.
Je n'ai jamais autant bataillé pour un poisson. Je replonge au même endroit et commence à tirer sur la flèche. Rien ne se passe !! Impossible de le bouger d'un centimètre. Il s'est coincé là-dedans et n'en sortira pas de sitôt. A bout d'oxygène il me faut remonter pour reprendre mes esprits. Je réfléchis.
Comment l'en sortir de là alors qu'en tirant sur la flèche de toutes mes forces je n'ai obtenu aucun résultat ? Je décide de plonger sur une autre face du récif pour voir s'il existe une autre fenêtre qui m'amènerait aussi au mérou. Je redescends en décompressant avec de plus en plus de difficultés. Mes sinus commencent à se boucher !
Arrivé en bas, je découvre juste à côté de la première fenêtre, une autre ouverture de laquelle, si j'arrive à réorienter ma flèche, je pourrais peut-être le sortir. Il me faut deux plongées pour me faire passer la flèche d'une ouverture à l'autre. Puis à la troisième, je tire comme un damné sur la flèche. Je la remue dans tous les sens, tire par à coups de haut en bas de gauche à droite et remonte à la surface une fois de plus à bout d'oxygène et de forces. Je suis inquiet. Vais-je devoir abandonner la flèche dans ce trou. Je me dis qu'en attendant un petit peu il va s'affaiblir et relâcher sa pression sur les parois de la cavité. Mais au bout de 4 nouvelles plongées, je n'obtiens pas plus de résultats.
Moi, je commence à être épuisé et en plus le froid me gagne. Je tremble comme un chat mouillé là-dedans. Je replonge à la première ouverture histoire de réfléchir en me positionnant sur un autre point de vue. Là, je m'aperçois que le mérou a légèrement pivoté sous les à coups de la flèche. Il me présente maintenant une partie de sa gueule. Je remonte sans solution. Il va falloir couper le lien qui sécurise la flèche au fusil et repartir sans mérou et sans flèche ! Pas une bonne journée.
Mais en regardant aux alentours, je crois reconnaître le bout de flèche cassé de l'autre fusil qui dépasse légèrement de l'endroit où je l'avais tiré la première fois. Si c'est bien elle, alors je pourrais peut-être tirer le mérou par la gueule vers la sortie.
Encore une plongée pour récupérer le bout de la flèche. C'est bien elle, voilà peut-être l'élément qui me permettra de sortir de cette impasse. Le mérou oppose une résistance que sa connaissance au terrain multiplie par dix. Et je suis à deux doigts d'abandonner. Je plonge pour la dernière tentative. Devant le trou, j'enfile à bout de bras, la pointe de flèche dans la gueule du mérou et la fait ressortir par les branchies. Je tire dessus de toutes mes forces et là, il cède. Je le sors de son trou dans un imbroglio de flèches câbles et fusils. Heureusement le tout remonte à la surface sans plus de problèmes. Je suis épuisé mais heureux de ramener une si belle prise à Thérèse.
Ce sont des concepts simples qui me définissent peut-être comme un être simple pour ne pas dire un simplet !! Mais je suis heureux de vivre à la manière des hommes de néandertal. Je suis un nomade dans l'âme qui chasse sa nourriture pour la partager avec ses femmes et ses enfants. En l'occurrence le chat et Thérèse, qui vaut bien plusieurs femmes à elle toute seule.
Alors me voilà à bord de Winnibelle, fier comme Artaban (je ne sais même pas qui est Artaban ni pourquoi on dit tout le temps qu'il est fier et fier de quoi !!).
Thérèse s'exclame devant le monstre car il est gros même hors de l'eau. Même le chat qui d'habitude se jette sur tout ce qui sent le poisson, ne s'en approche pas. Thérèse qui doutait d'une telle réussite avait déjà préparé une salade de choux en remplacement. S'ensuit une activité intense. Moi je découpe, je fais des filets, prépare les restes pour la soupe de poisson que Thérèse a aussi prévue au programme. Nous aurons du mérou pendant un bon bout de temps.
Cependant un vague malaise m'envahit car ce mérou est un beau certes mais il est gros et qui dit gros dans ces eaux dit ciguatera. Tiens Thérèse vient de se réveiller pleine d'énergie et du désir de faire quelque chose. Mais il n'y a plus rien à lire, le bateau marche tout seul en direction de Land Island (en effet j'écris ces mots au moment où nous sommes déjà en mer vers la prochaine destination). Donc elle veut faire quelque chose. Moi je n'ai pas fini ces lignes donc pas de possibilité de lecture du journal de bord.
Vient sa remarque acide sur le fait qu'il n'y a que des bouquins de cul à lire, ce qui est en partie exact. Je reprends le fil de mon histoire avec le chat qui vient de me passer le sien (de cul) sous le nez dans une sorte d'expression d'affection bien à lui.
Donc de retour au mérou et à la possibilité sournoise d'être aussi porteur de cette saloperie de ciguatera. Nous nous activons à la préparation du déjeuner. Mais je suis de plus en plus inquiet à mesure qu'avance l'inéluctable conséquence de tout cela : l'ingestion du matériau.
Comme d'habitude, le repas est fabuleux. Thérèse s'est décarcassée pour la préparer à merveille. C'est fait, nous l'avons mangé. Même le chat a eu sa part. J'attends maintenant avec une sourde inquiétude les premiers symptômes de la ciguatera. Mais au fil des heures qui passent, le chat est toujours aussi turbulent et nous nous portons toujours à merveille. J'ai installé le taud car le soleil cogne comme un bûcheron en colère. Nous discutons tous les deux. Puis nous nous jetons à l'eau.
Thérèse, elle se jette de façon plus organisée. Une échelle, un cordage qui relie une bouée fer à cheval au bateau et un masque. Elle qui traînait des pieds pour se baigner à cause de sa peur viscérale de l'eau, se régale pendant plus d'une demi-heure à regarder les fonds et les poissons. Le bonheur prend des facettes d'une grande simplicité.
Elle rayonne et moi je jouis de son bonheur simple. J'ai aussi fait partager ce temps aquatique au chat qui apprécie très moyennement lui par contre. Mais il faut le conditionner à nager et à remonter sur un gros cordage posé à l'arrière du bateau spécialement pour lui si il tombait à l'eau (ce qui est d'ailleurs déjà arrivé. Heureusement je faisais la vaisselle sur la plate-forme à ce moment-là et j'ai pu le remonter rapidement). Nous passons le reste de la soirée tranquillement à parler.
Moi je tombe de sommeil avec cette activité aquatique. Vers minuit, le vent a changé et le bateau tangue assez durement. Mais le mouillage est encore tenable.
Au matin nous découvrons que la salope de lampe à pétrole s'est décrochée libérant tout le contenu de son réservoir sur les mousses du carré.
J'étais furieux, mais c'est la vie ! Je nettoie.

 
Vendredi 1er juin 2001.

10 h 45. Départ de Fortune Hill Town Grandkay Crooked Island vers Long Island où nous voulons tenter d'acheter quelques vivres et des batteries pour mon pote le minuteur.

11 h 00. J'envoie le spi. Le vent est doux, la navigation est très plaisante.

12 h 30. Thérèse me sert la soupe de poisson qu'elle avait préparé la veille, un vrai délice.

16 h 30. Le vent serre le bateau et m'oblige à rentre le spi. Je renvoie le génois. Thérèse qui me voit m'éclater à la traîne du bateau décide d'en faire autant. Ca c'est un événement. Elle fait décidément de gros efforts pour surmonter sa peur de l'eau. Je lui installe le harnais de sécurité pour qu'elle se sente en parfaite sécurité et la voilà dans l'eau à rigoler et à piaffer de joie comme une petite fille. On est bien si loin du système.

17 h 00. Nous avons pris le temps de rentrer une route au GPS pour arriver précisément à Clarence Harbour, une bourgade proche du lieu-dit au milieu de Long Island. L'atterrissage s'effectue de nuit au milieu de aux fonds de coraux donc il faut être précis au niveau des points.

20 h 00. Nous arrivons à destination dans un dédale de massifs coralliens, et nous le faisons de nuit. Je jette l'ancre par 4 m de fond. L'endroit est bien protégé et calme. Nous nous endormons comme des enfants après une superbe polenta à la sauce tomate et aux olives.

 
Samedi 2 juin 2001.

08 h 00. Réveil. J'installe le taud immédiatement car la chaleur sera dure. Je gonfle l'annexe, y installe le moteur, etc, tout est prêt vers 11 h 30, petit-déjeuner compris pour aller faire un tour à terre. Auparavant, j'ai remouillé le bateau un peu plus proche de la petite baie. Mais le manque de profondeur me maintient à une distance non négligeable d'où le moteur sur l'annexe. Il y a une petite marina avec deux yachts à moteur et à fond plat. Nous y allons pour débarquer, mais il faut casquer 2 dollars par heure ou 8 dollars par jour pour laisser l'annexe. Alors nous déposons nos ordures et nous allons ailleurs sur la plage. Pourtant j'ai demandé poliment l'autorisation de rester là gratuitement vu le peu d'activités de la marina, je ne risquai pas de gêner qui que ce soit. Mais un petit qui bosse pour des riches devient un gros con borné et dénué de générosités, fussent-elle modestes. Dans ce petit bourg on y trouve une épicerie, quelques baraques, un restau et 2 églises. Nous faisons vite le tour. L'ensemble est relativement clean malgré quelques baraques en bois pourries à semi effondrées. Thérèse me fait découvrir les tamarins, une sorte une grosse cacahuète marron dont on suce une gangue acidulée autour d'un noyau non comestible.
Au Vietnam on en fait des bonbons lorsqu'une fois débarrassé de la carapace, on les roule dans du sucre. Encore une fois, je prends conscience à quel point nous sommes déconnectés de la nature. Je connais si peu de choses de tout ce que l'on pourrait consommer juste en cueillant ! J'ai ramené aussi une noix de coco à bord. Je la découpe à la scie à métaux (il faut ce qu'il faut !!). Après une bonne suée (heureusement sous le taud !) nous dégustons, en ce qui me concerne pour la première fois, le fruit de la noix de coco. C'est délicieux et gratuit en plus !

16 h 00. Nous décollons du port pour aller mouiller à 500 m en face d'une petite île sympa. L'eau est superbe et je mouille sur des plateaux de coraux. Thérèse s'est déjà attelée aux fourneaux, enfin au petit feu unique qui en fait office, elle est entrain de cuisiner une brioche avec des raisins secs. Maman lui a donné un moule palestinien. Elle m'a déjà sorti des cookies avec un peu de farine, de nesquik, d'huile et de levure. Maintenant c'est une délicieuse brioche qu'elle réussit parfaitement. Moi pendant ce temps, je tente de lui ramener un gros baliste mais il est plus malin que les autres (vu sa taille !) et je le rate. Ensuite j'aurai pu essayer les snipers mais ils sont énormes et j'ai trop peur de la ciguatera. Même chose pour un mérou que je repère devant un trou. Il est trop gros je laisse tomber. En remontant à la surface, j'aperçois un gros requin qui passe son chemin. Ensuite c'est au tour d'un superbe barracuda, décidément les poissons sont gros dans le coin. Je décide de remonter sans tirer. J'ai repéré une petite plage de sable et je sais que Thérèse aimerait se baigner avant la fin de l'après-midi. Je la retrouve sur le pont, en maillot de bain, prête à découvrir ce petit bout de plage. On y arrive en annexe elle fait 15 m de long sur 12 de large. C'est un petit coin fabuleux avec du sable même sous l'eau (chose rare aux Bahamas où nous n'avons trouvé que des plages de corail, au moins sous l'eau). Nous sommes seuls avec minou à barboter dans cette eau claire (lui il ne barbote pas bien sur). Un régal ! De retour au bateau, je démonte tout, annexe, moteur, taud, etc car nous partons vers 21 h pour arriver à la prochaine destination : Conception Island. La distance est de 44 miles nautiques. Thérèse prépare un repas simple avec des canapés de biscotte au saucisson, une salade de tomates, oignons et œufs durs, et pour moi en dessert, la délicieuse brioche avec de la confiture.

LA VIE EST BELLE !!

Sauf les putains de moustiques qui rappliquent en escadrille serrée. Tora tora tora. C'est l'invasion et les crèmes et autres bombes anti-moustique sont peu efficaces face à leur pugnacité répugnante. Ha les super cons. Ils attaquent tout azimut chaque soir à la même heure.

21 h 00. Nous partons avec un vent faible mais qui fléchit graduellement à la hauteur de mes espérances pour la nuit. Mon pote le minuteur présente des signes de fatigue malgré la nouvelle pile fraîchement installée. Alors je le démonte sur la table à carte pour constater que les contacts des boutons poussoirs sont défaillants. Je tente de nettoyer et remonte le tout.Ca marche. On verra pour combien de temps. J'écris ces mots, seul ou presque car le chat me suit comme mon ombre. Il est allongé sur la table à cartes contre mon avant-bras. On s'y attache à ces bestioles. Même Thérèse a été adoptée par minou. Normal il a pigé (c'est pas bête !) que Thérèse = nourriture. Une équation appréciée par les chats par essence peu scrupuleux !

02 h 20. Tout est calme. Je ne dors pas car la nuit est belle et je me délecte de ces moments de vie pris sur du temps oublié par l'homme moderne. La nuit c'est pourtant magique parfois. Aujourd'hui, la lune est bien présente, le vent est porteur au travers et de force 3, la mer est belle. Tout cela confère une sérénité propice à la rêverie et à la méditation. Alors j'en profite.

05 h 45. Winnibelle passe sous le vent de l'île Conception. La nuit a été super calme et derrière la terre c'est encore plus calme. Arrivé à la plage Nord-ouest de cette île, j'y découvre une dizaine de bateaux, voiliers et yachts à moteur déjà ancrés. J'enroule le génois et mouille par 5 m de fond à la voile, en prenant soin de déposer la pioche sur du sable. Ensuite je ferme la grand voile, l'habille avec sa housse et installe le taud. Puis au lit, j'ai envie de pioncer !

 
Dimanche 3 juin 2001.

10 h 00. Thérèse est debout et est entrain de cuisiner. Elle me prépare une brioche !!! C'est le grand luxe. Après les cookies au chocolat, maintenant je déguste des brioches.

11 h 30. Alors que je suis en pleine séance de gonflage de l'annexe, un couple d'américains vient nous rendre une petite visite. Ils sont très sympas et naviguent dans ces eaux depuis 22 années. Alors je les abreuve de questions sur la ciguatera, les formalités d'entrée, les bons coins à visiter, les endroits possédants Internet, etc bref me voilà renseigné. Je ne tenterai pas du tout d'effectuer le moindre pas vers les autorités du coin étant donné qu'ils me demanderaient 100 dollars US pour avoir le droit de débarquer sur leur territoire ! 100 dollars US les enfoirés !! Ils font presque aussi fort que les américains avec leur visa obligatoire (150 US dollars !!!). Enfin quoi qu'il arrive, la zone est paradisiaque malgré les autres enfoirés (les moustiques !). Après la visite de ce couple charmant, je plonge avec l'attirail du parfait chasseur et me ballade sur un ensemble corallien de toute beauté. Il y a là des tonnes de snipers, des hawkfishs et plein d'autres espèces multiformes et multicolores. Il y a même une tortue qui se cache là-dedans. Je lui rends une visite et elle ne s'en effraie même pas. Par contre, le fusil est trop grand pour tous les petits trous de ces grosses patates, sans oublier que les poissons qui vivent ici connaissent bien les margoulins de mon espèce. Ils ne se laissent pas approcher. Résultat, je rentre bredouille mais émerveillé par la beauté du site. J'irai plongé cet après-midi ailleurs dans un endroit moins fréquenté par les touristes.

14 h 00. Déjeuner. Thérèse a, en plus de la brioche, réalisé un splendide pain aux olives. Même le chat se jette dessus. Ensuite nous dégustons le déjeuner sous le taud. Je suis tellement KO par la digestion et ma nuit blanche que je dors 1 heure.

15 h 10. Vaisselle et toute la troupe dans l'annexe, nous nous dirigeons vers une superbe plage de sable blanc. Nous sommes les seuls. Minou se sent abandonné et se réfugie dans le fond de l'annexe sous une couverture. Ses miaulements me fendent le cœur. Thérèse et moi faisons des exercices d'équilibre (galipettes sous-marines !!) dans l'eau.
Le vrai bonheur partagé. Après ces moments délicieux, nous repartons sur l'annexe car les taons commencent à devenir pressants, voire collants.
L'objectif est de tenter de ramener un poisson pour le dîner. 10 minutes après je suis dans l'eau fusil en main.
Je traîne l'annexe par son grappin. Au loin, j'aperçois un mérou (Red Heinz de 40 cm environ). Le grappin retombe au fond, et moi je me mets en poursuite.
10 minutes plus tard je reviens triomphant avec cette belle prise. La taille est parfaite pour nous deux. Nous retournons au bateau pour le dépeçage et la préparation des filets.
En plus, Thérèse s'occupe des restes pour une soupe que nous prendrons demain. Pain, brioche, mérou, soupe de poisson, je n'en crois pas mes yeux !
Le chat a droit au reste de la tête spécialement décortiquée pour lui ! Encore une bonne nuit de sommeil dans des draps ultra humides, mais ça c'est normal.

 
Lundi 4 juin 2001.

10 h 30. Branles bas de combat, nous partons vers 12 h en direction de Eleuthera juste au-dessus de Cat Island où nous ne stopperons pas. Il faut avancer !
La journée se passe tranquillement car le vent est faible. Thérèse s'éclate encore avec la cuisson d'un nouveau pain. Un vrai délice quand il est encore chaud.
Je prends de nouveau mon bain à la traîne du bateau. Il était temps car je commençais à sentir un peu fort au goût de Thérèse et au mien aussi !

22 h 30. Je suis de nouveau seul aux commandes. J'ai rentré tous les points des passages délicats en eau peu profonde sous le vent de Eleuthera. Le chat est couché le long de mon bras gauche sur la table à cartes. Il est groggy à cause de son heure de teacoock sauvage pendant laquelle il sillonne le bateau de long en large et à la vitesse de la lumière !

02 h 45. Je n'ai pas très sommeil. Il y a tellement de beauté ici. La lune est presque pleine et répand sa puissante lumière sur l'Océan. Le vent est ¾ arrière à peine 10 ou 15 nœuds, c'est cool. Tout le monde dort et c'est aussi très bien comme ça. Je préfère que mes passagers soient à l'intérieur la nuit bien à l'abri, que de les avoir dehors à veiller pour Thérèse ou à se balader sur le pont pour le minou pendant que je dormirai pour mon quart de repos. Cela fait plus de 6 mois que je mène le bateau seul la nuit, ça peut continuer comme ça ! Cela me donne pas mal de temps pour méditer sur la suite. Le prochain bateau doit un jour, j'espère, prendre forme.
Mes voyages doivent continuer, voilà les grandes lignes de force avec l'amour de mes proches pour énergie vitalisante.

05 h 00. Magnifique coucher de lune derrière les nuages.

 
Mardi 5 juin 2001.

08 h 20. J'ai commencé ma descente vers les hauts fonds que nous devons traverser sur une grande distance le long de Eleuthera pour arriver à New Providence (Nassau).
Je n'aime pas me retrouver dans si peu d'eau. Le bateau est maintenant dedans, au prés serré sous grand voile à 3 ris et peu de génois. Je veux avancer lentement et sans dérive. Mais ce coin est une nasse à couillons et je m'y fais prendre.
Alors que j'avais bien tracé ma route, je continue sur le bord où je me trouve car il y a de l'eau et pourquoi pas continuer. Sauf que je ne le vois pas, mais je suis entrain de m'enfiler dans l'entrejambe de deux bandes de hauts fonds. 1 h et demie plus tard, j'avance contre le vent au moteur dans 2 m 50 d'eau avec un haut fond à ma droite et un autre à ma gauche. Et ils se rapprochent ces cons ! Moi, têtu, j'avance toujours car j'espère pouvoir me faufiler à l'extérieur. Et ce qui devait arriver se produisit, les deux bandes se rejoignirent me laissant comme un benêt dans 1 m 90 d'eau !!
Demi tour illico et je me retape toute la distance en sens inverse. Une heure plus tard je reprends scrupuleusement cette fois-ci la route que je m'étais tracée. Ca marche bien un temps, mais de nouveau je me trouve coincé entre le haut fond qui était à ma droite avant et qui se trouve à mon bâbord, et un autre haut fond sur mon tribord. Les deux se rejoignent au milieu de mes deux way points de cette zone chiante. Mais je passe à 2 m d'eau tout juste. J'ai les fesses tellement serrées qu'un enculé de PD ne pourrait pas y enfiler son dard !! Enfin les deux bandes qui forment un étroit canal s'espacent graduellement et la profondeur passe de 2 m à 2 m 50 puis à 3 m.
Deux heures plus tard nous naviguons toutes voiles dehors par 10 m de fonds sous le vent de l'île d'Eleuthera.
Thérèse entre-temps nous a préparé de délicieuses pâtes avec des saucisses. Avant ça, nous nous sommes régalés avec la fin d'un saucisson français qu'elle avait ramené dans ses bagages et du pain made in Winnibelle. Après le repas, elle cuisine un gâteau au chocolat pour ce soir.
J'ai mis le cap sur un autre petit bourg bahaméen : Hatchet Bay. Nous y relâcherons ce soir pour y faire quelques courses demain.

17 h 30. Voilà Hatchet Bay après être presque rentrés en collision avec une énorme tortue. Son diamètre devait bien faire 1 mètre. Elle était tellement grosse que j'ai d'abord pensé à un gros tronc d'arbre qui flottait. J'ai du déconnecter d'urgence le pilote pour l'éviter. Je suis passé à 3 m d'elle et lorsqu'elle s'est trouvée ¾ arrière par rapport à Winnibelle elle s'est mise à réagir puissamment. Surprenant car pour bouger une telle masse avec une telle vigueur il en faut de l'énergie ! Donc face à Hatchet Bay il n'y a aucune protection, alors je contourne un petit cap rocailleux suivi d'une longue falaise basse en strates régulières horizontales.
Il y a, d'après la photo aérienne de la carte, une entrée vers un petit étang situé derrière Hatchet Bay. Nous y voilà. Je suis surpris car il s'agit d'une coupe naturelle qui sépare les deux falaises en deux. J'hésite devant cette entrée étroite car le clapot est assez important devant et je n'ai aucune info concernant la profondeur. Il faut engager, ou bien ça passe, ou bien j'explose le bateau de part et d'autre de cette passe déchiquetée dans la roche calcaire. Je me présente devant la passe puis me dégonfle.
Je fais demi-tour avec l'intention de mouiller dans une autre baie (mais elles ne sont pas très nombreuses dans ce coin). Au moment où je fais un cercle, Thérèse aperçoit un voilier dans l'étang. C'est un classe J de 12 mètres. OK il y a sûrement assez de fonds pour laisser un tel bateau là-dedans. A moins que manque de bol pour moi, ce soit un enragé fanatique et idéaliste indécrottable qui aie construit son bateau dans son garage pour naviguer dans l'étang !!
Encore une fois je serre les fesses et ça passe haut la main. Il y a 4 m d'eau là-dessous. Nous mouillons par 3 m d'eau après être passé dans un endroit à 2 m (je commence à en avoir l'habitude). Le coin est comme d'habitude aux Bahamas, petit, tranquille et habité exclusivement par des noirs.
Nous repérons les lieux pour la glace, l'eau et les vivres. A cette heure tout est fermé, il faudra donc revenir demain. De retour en annexe à rames au bateau, nous nous barricadons à l'intérieur derrière nos ô combien vénérées moustiquaires.
Thérèse prépare un bon repas délicieux arrosé cette fois-ci d'un blanc bordeaux exquis.
Ca, c'est pour fêter le passage réussi à travers les hauts fonds de cette gigantesque étendue d'eau dont la profondeur maximale est de 10 m.

22 h 00. Dodo car je suis crevé par la navigation depuis l'île de Conception.

 
Mercredi 6 juin 2001.

11 h 30. Nous allons à terre pour acheter des vivres. Moi je me renseigne chez un fabricant de glaces et d'eau potable, ses prix sont raisonnables mais il ferme dans 25 minutes. Nous retournons au bateau pour chercher le jerricane et autres conteneurs (deux fois 8 L et une fois 5 L plus un jerricane de 15 L).
Je me bagarre avec Thérèse qui me fait une crise de blues amorphe. Impossible de la faire bouger aujourd'hui. Elle se traîne lamentablement et pousse à peine sur la rame.
Cela a le don de m'énerver surtout quand le temps est compté. La journée commence mal. Elle se plaint de tout, de la chaleur qui la fait transpirer, du fait qu'elle ne peut pas prendre d'eau douce en quantité suffisante pour se laver, que l'eau est sale dans cet étang, que ceci que cela bref elle démarre la journée sur le mode casse-burnes !!
Et par manque de bol pour moi, ça ne s'arrange pas plus tard lorsque la conversation dérape sur le sujet de ma liberté et de mon libre arbitre quand il s'agit de choisir les personnes avec lesquelles j'ai envie de vivre. Et comme je n'ai pas envie de signer en bas à droite avec Thérèse, ça la rend amère et la mets dans un état très proche de la mauvaise humeur ! Malgré tout ça elle réussit un magnifique pain que nous engloutissons presque entièrement avec du pâté des tomates et des saucisses. Nous mangeons vers 18 h 30 dans le cockpit avec un superbe coucher de soleil. Nous faisons route vers Fleyming, passage que je vais me farcir la nuit.
De nuit, je ne peux pas me rendre compte de la profondeur dans son ensemble. Je me suis donc tracé une route très précise au GPS en espérant que les cartes de 1968 que Jacky et Déborah m'ont donné, sont encore justes au niveau des courbes de profondeur.
Bien entendu Thérèse me fait sa tête de cochon et boude dans son boudoir habituel, j'ai nommé la cabine avant.
C'est une gamine de 34 ans qui boude quand elle ne peut pas avoir son jouet, en l'occurrence moi. J'ai beau expliquer en long et en large que je tiens à ma liberté comme à la prunelle de mes yeux, mais rien n'y fait. Thérèse semble penser que le temps et les miles parcourus ensembles lui confèrent une option sur la personne avec laquelle elle voyage et passe du temps. Alors qu'en fait, il s'agit de moments privilégiés à savourer au moment où ils se produisent point barre. Pourquoi vouloir posséder des droits sur la vie d'autrui ? Ca c'est une question à laquelle je n'ai toujours pas trouvé de réponse.
Par contre la possessivité qu'elle provienne du mâle ou de la femelle, s'observe partout où les gens passent du temps ensemble avec des relations sexuelles en prime.
Alors me voilà seul. J'ai passé le coin difficile et me dirige maintenant plein vent travers vers l'entrée du port de Nassau. Il reste 20 miles nautiques à parcourir.
La lune est presque pleine, elle est magnifique. La mer est calme, le vent super cool (10 nœuds à peine).
J'espère que la nuit portera conseil à mon passager sinon elle va me mener une vie d'enfer et ça sentira le débarquement prématuré !! (Pour elle évidemment).

4 h 30. Voilà, l'entrée Ouest de Nassau est derrière moi, les sorties d'un train de remorquage et d'un yacht me confirment la bonne direction à emprunter. J'avance au moteur et sondeur avec précaution car la nuit, les distances et la définition des berges ne sont pas très claires. Je tente une approche près d'une barge en face d'un dock de ferry mais j'opte pour une position plus en avant pour rester en dehors de l'aire de manœuvre des gros navires. Finalement je jette l'ancre dans un endroit qui me semble approprié.
Encore une belle navigation effectuée pour la grande part de nuit.

 
Jeudi 7 juin 2001.

Nous découvrons une ville sympa au matin, nous sommes en face, comme sur l'île de Palm Beach, d'une résidence privée avec dock privé et petit gazibot privé lui aussi.
Un couple de personnes âgées prend son petit déjeuner. Je leur fais un signe, l'homme me répond vaguement.
Nous sommes trop loin d'un endroit qui pourrait faciliter un débarquement.
Je doute que le propriétaire en face de nous nous laisse passer par sa propriété pour atteindre les artères principales.
Donc nous bougons et j'ancre de l'autre côté de cette " rivière " naturelle qui sépare Paradise Island de Nassau.
Nous sommes en face d'un bar-restaurant " The crocodiles ". Nous allons à terre nous sans avoir d'abord mouillé une deuxième ancre car ici le courant est fort et il renverse !
Le chat effectue son bain d'accoutumance aux situations dangereuses.
Nous voilà déambulant dans Nassau, évidemment ce n'est qu'un ensemble de boutiques pour couillonner les touristes des gros paquebots porte touristes. Sans grand intérêt.
De retour au bateau, nous mangeons et partons ensuite en annexe de l'autre côté à Paradise Island vers un énorme complexe hôtelier : " Atlantis ".
Nous entrons dans une marina liée à ce complexe et dissimulons l'annexe entre deux grouillotes, sous un ponton en béton. Nous passons 2 heures à visiter l'intérieur de ce monstre de luxe. Tout es riche ici, les matériaux, le design, les clients, etc. Par contre je suis surpris de constater que tout ceci n'est pas fermé au public bas de gamme comme moi ou bien les blaireaux qui débarquent de leur cruise boat. Nous nous émerveillons en face d'un aquarium géant où évoluent toutes sortes de prédateurs : barracuda, requin taureau, requin-marteau, requin à tête de scie, etc. Il y a là d'énormes mérous. Puis vers 18 heures nous sortons d'un immense casino clinquant et repartons en annexe vers le bateau.
Il faut faire attention car les seaplane atterrissent à l'entrée de cette marina. Il faut éviter aussi le passage incessant des promène-couillons " cruise and booze " (évocateur !!).
De retour au bateau, nous repartons en face vers " The Crocodiles " pour boire un verre et écrire des cartes postales. Choses faites et 25 dollars en moins.
Nous passons le reste de la soirée au bateau puis au dodo !

 
Vendredi 8 juin 2001.

La matinée est dédiée à l'acquisition de vivres et d'un drapeau bahamien. Nous effectuons la manœuvre en dinghy. Le supermarché est assez loin, heureusement Thérèse généreuse avec le petit garçon qui forme les sacs de provision, nous accompagne jusqu'à l'annexe avec le caddy. Génial, nous n'avons pas à porter tout ça.
Un crochet à Yacht Heaven Marina pour acheter de la glace. C'est une opération qui prend plus de temps que prévu car les premières personnes contactées sont si profondément endormies qu'il est pratiquement impossible de leur arracher une action cohérente alors que le congélateur est à 5 mètres sur leur droite !
Une fois les vivres organisés à l'intérieur des coffres, je propose de retourner à Atlantis car Thérèse s'y sent très bien. De plus il y a encore des aquariums que je désire aussi découvrir. Une fois de plus nous déambulons dans le dédale bruyant et super riche de cet immense complexe.
Cette fois-ci, Thérèse est superbe avec une robe élégante qui lui va très bien. Moi je suis un peu pouilleux avec mon short qui arbore de larges tâches de sel bien marquées sur leurs frontières. Après une heure, nous arrivons à une immense salle de restaurant. C'est vraisemblablement le clou de l'endroit. J'en tombe sur les fesses. Le décor est extraordinaire, gigantesque et surtout un énorme aquarium géant s'étale sur au moins 100° autour du restaurant. Il y a là une raie manta de toute beauté. C'est tout simplement fabuleux.
Nous sommes émerveillés comme deux gosses à Disney world. Nous partons de cet endroit non sans avoir du combattre l'idée tentante de prendre notre dîner dans ce restaurant magique. Heureusement pour nos portes-monnaies, nous résistons et nous contentons d'une Banana Split à deux pour 7,5 dollars !
De retour au bateau nous préparons le départ du lendemain puis dodo !

 
Samedi 9 juin 2001.

Départ vers 11 h 30. Après les opérations de décollage, relever le mouillage principal, plier l'annexe, le moteur, relever le deuxième mouillage, etc. Le vent est très faible et j'envoie le spinnaker. La journée est superbe, nous nous baignons chacun notre tour. Petit à petit, le vent passe au travers puis au prés bon plein. Le spi est à la limite de sa capacité d'angle. Puis vers 16 h, le vent tombe complètement. Je suis obligé de tout plier sauf la grand voile. Puis nous nous baignons encore dans une mer d'huile tous les deux ensemble. La vie est délicieuse.

16 h 30. Je mets en route la mécanique et nous arrivons à Frozen Cay vers 20 h 30 en pleine nuit. La carte est fausse en longitude donc j'y vais vraiment à tâtons. Mais ça marche. Nous nous couchons, le bateau est sous le vent de l'île (même si le vent est nul ce soir) mouillé par 8 m d'eau.

 
Dimanche 10 juin 2001.

Nous nous réveillons avec des piqûres de je ne sais quoi plein le corps. Pourtant les moustiquaires sont en place mais apparemment les bestioles qui sont responsables de ces piqûres sont suffisamment petites pour passer à travers. (En fait je l'apprendrais plus tard, ces piqûres étaient le fait de larves de méduses qui flottent dans l'océan à certains endroits).

Vers 10 h nous prenons l'annexe + moteur pour aller sur une petite plage privée. Nous nous baignons dans 1 mètre d'eau super claire. Thérèse découvre d'énormes oursins blancs avec le masque. Ensuite nous repartons vers un massif de corail sur lequel brisent les vagues entre l'île où nous sommes et celle d'en face. J'ai pris le fusil pour le déjeuner. 5 minutes après mon immersion, je vois deux balistes. J'en tire un mais de retour à l'annexe, la pointe se détache et je perds le tout. L'annexe est à 5 m, j'y dépose le fusil devenu inutile et repart pour tenter de retrouver le poisson, au moins le poisson ! Il y a un gros barracuda qui rôde dans le coin, ce n'est pas très rassurant. Je vois autour d'une petite tête de corail, un attroupement de balistes et autres poissons. Mon baliste doit y être. Effectivement, je le récupère par la queue. Comble de chance, la pointe se trouve encore dans son corps. Je remonte le tout dans l'annexe, recharge le fusil (sans retendre les tendeurs) et y retourne pour un deuxième. Là je découvre un requin-nurse qui tourne aussi, avec le barracuda, sur la zone. Ca fait beaucoup de monde pour un si petit endroit. Je vois un gros baliste tout prêt de l'annexe. Je m'en approche et le tire. J'ai du battre un record de vitesse pour le ramener à l'annexe car le tout est ramené en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Ensuite je passe à la préparation des poissons pendant que Thérèse s'active à la cuisine. Le résultat est délicieux : deux balistes cuits à la vapeur avec une sauce à l'échalote et au vin blanc. Un vrai régal. Le chat qui souffre de la chaleur, refait un tour dans l'eau. Il faut dire qu'il nous a épaté ce matin. Juste avant d'aller à la chasse, nous sommes passés au bateau pour prendre le fusil. Minou était sur la plate-forme apparemment intéressé par l'annexe. Je l'ai mis devant en lâchant du mou sur l'aussière de façon à voir si il regagnerait le bateau à la nage. Après quelques hésitations sur l'avant de l'annexe en se demandant s'il pouvait ou non utiliser en funambule ou non l'aussière de l'annexe, un déclic cabour s'est produit dans sa tête et il nous a gratifié d'un énorme bon en avant vers la plate-forme. Evidemment c'était trop court. Il a atterrit dans l'eau et était sur le bateau en deux secondes grâce au cordage lové sur l'arrière pour lui. Pas froid aux yeux le félin.

Dans l'après-midi, le vent tombe complètement et nous rencontrons le couple de britishs que nous avions déjà vu à Nassau. Je discute avec eux pendant une bonne ½ heure. Lui est un commandant de bord de la marine marchande, il bosse 4 mois sur 12 et vit sur son voilier le reste du temps avec sa femme. Pas d'enfant. Il me donne de précieuses infos sur les mouillages le long de la côte Est des USA.

Ensuite, j'installe la grande artillerie nautique pour Thérèse. Grand cordage avec bouée fer à cheval au bout, échelle de bain etc. Moi, je m'attèle au nettoyage de la coque. Je passe des moments fabuleux dans l'eau chaude, claire. C'est presque sensuel ce contact avec l'eau. Je monte même au mât pour prendre une photo de Winnibelle comme en suspension dans l'air. Il n'y a plus de frontière entre l'eau et l'air. J'ai l'impression d'exister aussi bien dans l'un et l'autre de ces environnements. Thérèse est aux anges dans l'eau. Depuis son coup de calgonit d'avant Nassau, elle est redevenue adorable. C'est un plaisir que nous vivons à deux.
Ce soir elle prépare une soupe chinoise au tofu et autres trucs délicieux. Nous dégustons ce moment dans le cockpit au soleil couchant. L'eau est un miroir. C'est peut être ici le paradis. Nous sommes délicieusement fatigués par une journée de saines activités. Mais ça aussi ça peut se discuter (tuer des poissons, les dépecer et les manger) nous installons les moustiquaires, un coup de Flitox et au matin je suis bouffé par les je ne sais quoi de putain de quoi !!

 
Lundi 11 juin 2001.

Nous sommes encore ici à Frozen Cay car un anticyclone est en place donc pas de vent et ce jusqu'à demain. La matinée se passe tranquillement. Moi j'écris et Thérèse fait la vaisselle d'hier soir !! Puis elle s'attelle à la préparation du déjeuner. Ce sera des pâtes à la tomate, aux oignons, olives vertes et noires, ail et plein d'épices sans oublier de la mozzarella. Elles sont succulentes ces pastas et je m'en régale. Après manger, nous allons dans un bon restaurant dans l'espoir d'y trouver de la glace. Mais l'endroit est plus que précaire tout en gardant son côté sympa de petit bouge oublié du monde, perdu au milieu d'une myriade d'îles. La famille qui tient ça est établie ici depuis 200 ans !!
Les gosses vivent à Nassau. Là-bas, dans ce bar, il n'y a pas de glace mais nous rencontrons des américains sympas mouillés près de nous. J'engage la conversation et nous sommes invités à prendre un cocktail chez eux vers le tard. Nous prenons congé et nous nous dirigeons vers une petite plage. Thérèse s'initie au maniement des palmes, masque et tuba. Elle ressort au bout d'un petit moment inquiète en m'expliquant qu'il y a une sorte de poisson qui ressemble à un barracuda et qui en plus lui a montré les dents. Je me dis que dans 50 cm d'eau c'est peu probable d'y voir un barracuda. J'enfile le masque et à ma grande surprise, il y a bien là un barracuda qui fait le fier en défendant son territoire. Alors on change d'endroit. Je l'emmène près d'un récif émergeant de l'eau. Là elle s'éclate à regarder sous l'eau les petits poissons coralliens. La vie est toujours aussi simple.

De retour au bateau, nous décidons de quitter le mouillage vers 22 h car un petit vent de 20 nœuds se maintient. Je prépare tout sur le pont. Thérèse cuisine une brioche pour moi (j'adore ça !). Puis vient l'heure du rendez-vous cocktail chez les américains. Thérèse ne souhaite pas venir, trop occupée avec le chat et la brioche. Elle a tout de même préparé du planteur au jus de fruits pour eux. Une fois à leur bord, ils marquent leur déception de ne pas voir la jolie vietnamienne. Mais la discussion va bon train et je reviens vers 21 h 45 avec des gâteaux, du poisson et surtout du matériel pour pêcher correctement à la traîne. Ca c'est formidable. Car sorti des eaux bahamiennes, nous n'aurons plus que la traîne pour seul moyen de ramener du poisson dans nos assiettes !

22 h 45. Décollage. D'abord sortir de la protection peu profonde de Frozen Cay puis, s'éloigner vers l'Ouest et ensuite me voilà en route plein Nord vers le point qui marque le virage vers le nord-ouest, vers Great Izace et au-delà vers Palm Beach.

00 h 00. Un cargo me passe par tribord arrière extrêmement près. Je suis obligé de m'écarter ! Le reste de la nuit se passe avec peu de sommeil et d'évènements notables. Au large du groupe d'îles Great Stearup, Little Stearup, etc, j'effectue mon empannage pour rentrer dans la partie Ouest de Providence Channel.

 
Mardi 12 juin 2001.

La chaleur devient vite étouffante. Le vent s'est maintenu toute la nuit aux alentours de 10 nœuds mais il se resserre maintenant. Comme j'ai le génois plus grand voile, c'est bon. Arrivée au prés bon plein, le vent s'écarte de nouveau. Tant mieux car il faiblit aussi !!
Thérèse me demande comme chaque jour, de lui verser 3 seaux d'eau sur la tête pour se rafraîchir. Ca la met de bonne humeur. Elle piaffe de plaisir. C'est devenu une sorte de petit rituel ce rafraîchissement quotidien.

19 h 00. Je décide d'envoyer le spi car le vent est ¾ arrière 10 à 15 nœuds. Le génois ne pouvait même pas se gonfler !! La mer est presque plate et après un dîner léger composé de salade de tomates et bien sûr du sacro-saint chou plus deux œufs, Thérèse s'installe sur le cockpit avec des coussins. L'idée est bonne car la mer est tellement belle que veiller sous les étoiles relève de la jouissance ce soir. De plus, cela permettra à mes gaz de s'évacuer librement car avec tout ce choux, je fermente de l'intérieur comme un melon pourri et qu'est-ce que ça pue !!! La pauvre Thérèse, je la gaze tous les soirs avec ce régime aux choux !

22 h 00. Nous sommes proches (20 miles) du grand saut dans le Gulf Stream pour traverser vers les USA. J'attends ce moment avec émotion car traverser l'Océan pour atterrir en Amérique cela à quelque chose d'historique et de grandiose. Le trafic est intense dans les parages avec des capitaines de bord qui ne partagent certainement pas la même émotion.





































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