Les Etats Unis d'Amérique - La Caroline Sud et la Caroline Nord


Lundi 25 juin 2001.

Nous naviguons depuis 7 h du matin à la voile de nouveau. La nuit après les orages s'était déroulée au rythme du Volvo. Il fait très chaud, vers 10 h, j'envoie le spi car le vent est faible et ¾ arrière (Sud-est).

13 h 00. Déjeuner, des pâtes délicieuses.

16 h 00. Je rentre le spi, car le vent s'est renforcé et serre le bateau. Donc on navigue maintenant en travers par 10 nœuds de vent sous grand voile et génois. La destination est Charleston à 190 miles de Sainte Augustine. Plus que 80 miles à couvrir. Nous voyons plein de dauphins ce soir. Le chat vient de se prendre une raclée car il m'a percé le tableau de commandes du GPS, le con. C'est pire qu'un rat cette bestiole. Ca mord dans tout et n'importe quoi. Il m'a déjà sectionné en deux le bracelet de ma montre le petit monstre ! Heureusement Thérèse l'a vu tout de suite car mon GPS ne serait plus bon qu'à lui taper sur la tête à ce félin de mes deux.

Le coucher de soleil est superbe suivi du coucher de lune car elle est jeune, à peine un petit croissant. Heureusement, la nuit s'annonce calme. Pas d'orage en vue et le vent de Est-Sud-Est se maintient (il est 0 h 32) tout le monde dort. Je vais faire mon tour d'horizon, régler le pilote un peu à gauche, puis je commencerai mes tranches de sommeil. La vie est belle. J'ai partagé un bon moment du coucher de soleil avec Thérèse. Je savoure tous ces diamants de beauté et de liberté car qui sait de quoi sera fait demain, là-bas à Boston en plein hiver avec l'obligation de bosser pour manger (un comble isn't it !).

 

Mardi 26 juin 2001.

La nuit était belle. Pas d'orage, j'avais la grand voile à 3 ris et le génois plein. En cas d'orage, j'enroule le génois et étale sous grand voile seule. Au petit matin le vent est plein arrière donc vers 4 h 00, j'affale la grand voile.

06 h 00. J'envoie le spi car la brise est légère et plein arrière. Je renvoie aussi la grand voile en grand.

08 h 30. Plus de vent, je suis obligé d'affaler le spi et le préparer pour un envoi que j'espère proche. Tout est prêt, tangon en place, écoute placée, voile pliée. J'attends que le vent revienne. Il reste 28 miles à couvrir et c'est le Volvo qui s'en charge pour le moment.

12 h 30. Le vent revient plein travers, alors je remballe l'ensemble du dispositif spinnaker et j'établis le génois et grand voile. Thérèse me suggère d'envoyer la ligne de traîne avec un autre poulpito car le dernier utilisé ne donne aucun résultat. C'est pourtant le même que celui qui m'a pris la première dorade en face de Palm Beach. Je change le leurre pour un autre tout neuf et dont les couleurs sont plus chatoyantes. 15 minutes plus tard, j'ai un poisson au bout de la ligne. Il n'est pas très gros car il ne peut lutter contre la vitesse d'écoulement de l'eau sur son corps. Il est en surface, comme mort. Il n'offre d'ailleurs pas plus de résistance quand je rembobine la ligne. La voilà, une petite daurade coryphène parfaite pour tous les deux. Après les habituelles opérations de dépeçage et de nettoyage, nous savourons de délicieux filets de daurade frits.

Le jour tombe et nous ne voyons toujours pas les premiers signes de la côte. Nous ne voyons que des bateaux rapides de pêche au gros qui rentrent vers Charleston, là où nous allons. Au moins le GPS est correct. J'envoie le spi car le vent est dans une bonne direction depuis que nous avons atteint le point d'approche, puis je veux faire la distance restante le plus rapidement possible pour bénéficier des derniers moments du jour. Nous entrons, à la nuit tombante, dans un étroit chenal, flanqué de deux digues presque immergées. Elles forment un entonnoir inversé et on y entre par le petit bout. Une fois dans ce chenal, le roulis du bateau cesse totalement pour nous faire apprécier cette entrée si calme sous grand voile et spi. On glisse sans bruit sur une surface rendue brillante par la nuit qui avance. Nous trouvons notre chemin grâce aux bouées, mais une fois passée une grosse barge au travail de dragage 24 h/24, plusieurs chenaux divergent vers différentes directions et là, je suis complètement paumé. Je me penche dans le noir sur ma carte pour rentrer quelques points GPS en urgence mais l'échelle est grande et nous avançons plus vite que le temps nécessaire dont je dispose pour lire les points en toute sérénité. Heureusement Thérèse a réglé la sécurité du sondeur sur 4 mètres. Et en pleine nuit, alors que je ne sais plus du tout où je me trouve, la sonde atteint 4 mètres. Je fais marche arrière car je venais de mettre le Volvo en marche puis jette l'ancre pour faire le point calmement. Devant il y a une plage et nous sommes loin du trafic. En fait je me suis écarté du chenal et je me dirigeais vers la plage. Mais nous sommes bien ici. Nous flitoxons l'intérieur car qui dit plage dit bien sûr les enfoirés de moustiques !! Ils aiment bien les plages ces enculés de première. Voilà bien une race d'animaux que je ne peux pas souffrir, même épinglé sur une toile à insectes de collection j'aurais envie de lui coller ma paume sur la gueule !


 
Mercredi 27 juin 2001.

Nous allons à terre pour découvrir Charleston. Notre estomac est bien calé par un petit brunch matinal.
Le dock des dinghies est gratuit contrairement à celui de Sainte Augustine. Ca c'est déjà une bonne nouvelle, non pas que cela m'aurait encouragé à payer, mais au moins l'accueil est plus chaleureux lorsqu'il s'agrémente d'une bienveillante gratuité !!
Nous marchons 2 Km jusqu'au Visitor's Center un des plus modernes que j'aie jamais vu. Là nous achetons un pass pour une journée. Il nous permet de voyager sur les lignes de 4 bus pour 2 dollars par personne. La ville est très jolie, propre et bien mise en valeur pour les touristes. Nous nous partageons Thérèse et moi, (qui d'autre !) un gros Banana-Split, puis nous nous dirigeons vers un supermarché indiqué par un employé du Visitor's Center.
Le supermarché : Harry's Teeter, est absolument magnifique. C'est tellement beau et propre et bien organisé, que j'en prends une photo. De retour au bateau, Thérèse me prépare un couscous !!!! Comme chez nous. Y a même les courgettes. Il est délicieux. Je n'en reviens pas, du couscous du vrai du bon à bord d'un rafiot de même pas 10 mètres au milieu de la côte Est du pays des Barbares en matière de bouffe ! Je me suis régalé. Puis dodo après la vaisselle.

 
Jeudi 28 juin 2001.

Nous retournons à terre pour acheter de la glace. Ils ont des blocs super car ils durent 3 jours dans mon frigo. Thérèse a eu la très riche idée de mettre la glace dans le frigo plutôt que dans les glacières minables que je lui avais fait acheter à Saint-Martin (ces saloperies fuyaient, ne retenaient pas le froid, et j'en veux pour preuve la condensation formée autour des parois de la merde en plastoc) et en plus on ne savait pas où les caser. Donc aujourd'hui le système est au point. Une petite glacière qui contient le bloc de glace et le tout est au fond du frigo. Ca marche très bien depuis que Thérèse est à bord et nous n'avons quasiment jamais manqué de froid, ni de rien du reste !

De retour au bateau, nous démontons le bric à brac. Moi je m'occupe du taud, du dinghie que j'ai tenté de réparer en vain, du moteur, etc, et vers 2 h 10 nous décollons non sans avoir au préalable remonté une grosse merde en acier, biscornue autour de laquelle s'était enroulée la chaîne d'ancre ! La sortie s'effectue à la voile en tirant des bords nombreux et serrés. Au grand désespoir de Thérèse car ça lui rappelle le goulet de Brest là où elle s'était bien remplie le sien (de goulet !!!).

Juste à la sortie de l'entonnoir inversé, le vent tombe totalement. Alors le Volvo reprend du service. Cette fois-ci je lui ai mis une grosse couche en plastique car il fait de l'huile, et ça m'irrite. Ca semble bien fonctionner. La mer est d'huile, la lune est là pour enchanter tout ce qui vit la nuit. Et nous, nous faisons l'amour à minuit sous les étoiles et cette superbe demi-lune. On est si bien loin de la cohue.

01 h 10. Je vais commencer mes tranches.

04 h 15. La mort est venue me visiter en rêve durant cette dernière tranche de sommeil. J'étais sur le bateau en pleine nuit et des espèces de scooters des mers volants tournoyaient autour du bateau en criant. L'un d'entre eux s'est abattu sur le pont comme une grosse chauve-souris. Je me suis débattu, il me maîtrisai. J'ai tapé du pied sur le pont pour réveiller Thérèse. Elle a allumé le projecteur et là j'ai eu la mort en face. Un être d'une extrême vieillesse dont la peau était noire, mais noire brûlée, noire cendre. C'était hideux ! Pourquoi ai-je rêvé cela en si peu de temps ? J'ai presque peur de la retrouver durant la prochaine tranche.

06 h 30. L'Océan est un miroir où s'y reflètent les étoiles qui s'éteignent une à une. Déjà quelques vedettes de pêche au gros volent sur cette surface parfaite comme un skieur dans de la poudreuse fraîche, inviolée, comme la nage d'un champion sur une piscine vierge. Il est des terrains propres où la présence de l'homme et de ses mécaniques n'existe pas, et c'est là qu'il prend le plus de jouissance à briser le calme et l'harmonie d'un pareil moment. Il n'y a que des dauphins par exemple qui peuvent marier leurs mouvements à la perfection plane de l'Océan qui dort.

07 h 30. J'envoie la toile car un petit nord-ouest souffle timidement, mais au bout de 2 h il tombe de nouveau.

 
Vendredi 29 juin 2001.

12 h 00. Je mets la traîne à l'eau mais je dois me rendre à l'évidence, rien ne s'y accroche, alors Thérèse prépare des pâtes. Au moment où je décide de me resservir une deuxième fois, une daurade coryphène de petite taille se prend au leurre. Elle est une fois de plus parfaite pour deux personnes. Dépecée et salée, elle attendra ce soir pour nous régaler.

16 h 00. Je stoppe le bateau qui se plante dans un calme et un silence infinis. Nous nous dévêtons et nous nous baignons tous les deux au milieu de l'Océan ensuite, c'est censuré…

19 h 05. J'ai remplacé les vieilles écoutes de génois en rouge par les bleus que Phill m'a donné. Elle se révèlent correspondre exactement à la longueur de mes écoutes. Il n'y a pas de coïncidences. Quelques surliures et les voilà en place. Thérèse m'a fait des cookies aujourd'hui ils sont délicieux.

19 h 30. Nous dégustons la daurade avec un simple jus de citron : succulent. La soirée s'annonce superbe, le vent oriente de plus en plus Sud et commence à déventer le génois par la grand voile. Nous passons toute la soirée à discuter de tout et de rien sur le cockpit. Il fait très doux, la mer est quasi plate. Winnibelle glisse doucement à 3,5 nœuds.

00 h 00. Je décide d'envoyer le spi car le génois est devenu totalement inefficace. Il bat comme un bellâtre. Après un peu de manœuvre au clair de lune, l'ensemble est installé. Et ça donne plutôt bien, calmement mais bien. Problème. Aujourd'hui, j'ai contrôlé l'huile de la boite de vitesse car lorsque l'arbre tourne sur lui-même librement, il met en évidence un point dur. Je ne sais pas comment traiter ça car les amortisseurs du moteur ne sont pas réglables et de plus ils sont nases. Il faudra que ça tienne jusqu'au bout (je ne savais pas à ce moment-là que je venais de casser mon tube d'étambot et que les conséquences de cette avarie allaient se révéler extrêmement dangereuses comme on verra plus loin).

00 h 55. J'ai l'impression que le vent tombe. Ca me ferait bien suer car installer un spi pour à peine une heure c'est pas bien rentable.

02 h 50. Il est toujours debout le spi mais au prix de réels efforts. Il est à l'agonie, chaque mouvement semble lui coûter beaucoup et lorsqu'il se gonfle enfin, j'ai l'impression d'entendre la mer applaudir. Le vent est proche de 0 nœud. Je ne sais pas encore combien de temps il va tenir debout ce vieux spi. Enfin pour l'instant il se maintient encore.

05 h 30. Un amas nuageux avec des éclairs avance sur tribord. Je me tiens prêt, s'il faut ramener le spi rapidement. Au moindre signe d'augmentation du vent je saute sur la toile. Mais après 45 minutes d'observation, les nuages se révèlent sans puissance. Moi je vois le soleil envoyer sa lumière timide d'abord tout là-bas au fond du ciel. Puis elle envahit tout progressivement. Tout va bien comme dirait Bernard Bouygues. Le chat vient de se lever, il est dans la coltard, il s'étire dans tous les sens avec d'immenses bâillements. Déjà il s'attaque à mon stylo et aux pages du cahier. Ca promet pour la journée !! Thérèse dort paisiblement, le seul moment de ces 24 heures où elle est paisible.

 
Samedi 30 juin 2001.

09 h 35. Je lance la traîne pour le déjeuner d'aujourd'hui et 10 minutes plus tard une superbe daurade coryphène s'y prend. Elle fera un copieux déjeuner pour trois en comptant le minou. C'est la quatrième depuis que j'ai le bon matériel à bord pour pêcher.

11 h 30. Le vent tombe définitivement. J'affale tout, envoie le Volvo et installe le taud car le soleil frappe et cogne durement sur nos têtes. Autant s'en protéger vu que le vent de toute façon est nul. Thérèse s'active à la préparation de la daurade. J'aurais le droit à deux façons dans le même repas, d'abord frîte avec un jus de citron, et une autre portion cuite au court-bouillon et une sauce au beurre blanc. De plus je la vois me décortiquer le poisson comme elle le ferait à un enfant. Je suis gâté en ce moment. Par contre on se traîne lamentablement à la voile depuis Palm Beach. Hier nous avons parcouru 95 miles à une moyenne de 3,3 nœuds et le tout en 28 heures. Cette nuit la moyenne est montée à 3,5 nœuds entre minuit et 3 h 00 du mat' !!! Winnibelle se traîne comme la limace des mers. Voilà, Thérèse vient de me mettre une superbe assiette devant moi. Alors à table dehors dans le cockpit sous le taud.

14 h 00. Je renvoie le spi seul à fin de conserver le taud pendant la nav. Ca marche on se sent au frais là-dessous. De toute façon nous ne devons pas marcher à plus de 3,5 nœuds pour arriver demain matin au petit jour. Destination : Morehead City par l'Inlet de Beaufort. Ensuite nous utiliserons les Innercoastal Water Ways, jusqu'à Norfolk.

16 h 00. Le vent de Sud-ouest se renforce un peu. Nous regardons les charts kits dans tous les sens sur le cockpit pour déterminer l'option à prendre pour rejoindre Norfolk. Finalement nous décidons de passer par l'extérieur du Cap Hateras car c'est trop long par l'intérieur et trop dur pour la mécanique.

19 h 00. Super dîner avec la daurade de ce midi, mais en plein milieu du repas je suis obligé de manœuvrer pour affaler le spi car le vent est maintenant trop fort. La voile souffre trop et entraîne le bateau dans des roulis rythmiques de plus en plus appuyés. Ensuite le taud réintègre son coffre et je renvoie le génois tangonné sur poulie au cas où il faille réduire rapidement.

22 h 00. Nous approchons de Beaufort Inlet et cela a pour conséquence de hacher la mer de plus en plus. Winnibelle roule trop pour le vent.

01 h 00. Je passe à travers la première bouée du chenal. (A ce moment j'ai pris la décision de rentrer dans l'Inlet de Beaufort et de passer à l'intérieur des terres par le canal. En effet la météo annonce un vent de Nord-ouest pour les 2 ou 3 jours à venir donc du vent contraire.). Je suis tendu car il est difficile de s'y retrouver avec toutes ces bouées qui clignotent dans tous les sens sur, en plus, un background lumineux qui est celui de la ville. La mer déferle autour de moi. On est secoué comme le minou quand Thérèse s'occupe de lui !! Et ce n'est pas peu dire. Heureusement j'ai rentré les points GPS précis qui confirment bien ma position à chaque couple de bouées vertes et rouges.

02 h 45. Je jette le mouillage finalement dans une petite baie intérieure là où est docké le bateau des Coastguards. Un autre voilier est déjà là, je le distingue à peine. Le mouillage est calme mais pas mal ventilé. Demain on y verra plus clair.

 
Dimanche 1er juillet 2001.

Je me réveille avec la ferme intention de nettoyer la coque ou plutôt les œuvres vives (c'est comme ça qu'on dit). Je passe plus de 3 heures sous l'eau, ma tâche étant triplement difficile car on n'y voit que dalle, le courant est fort m'obligeant à m'aggriper à un cordage sous-marin et cela fait un bout de temps, vu l'opacité de l'eau, après Palm Beach, que je l'ai pas nettoyé. Résultat je suis vanné quand je lève enfin l'ancre pour aller devant Morehead City. On ne le regrette pas car c'est très mignon vu du bateau. Je mouille sur deux ancres car l'espace est étroit et les marées sont bien présentes dans ce coin. Je gonfle l'annexe y dépose le seagull et nous voilà à terre pour un petit restaurant offert par Thérèse. Le repas ne vaut pas 1/10ème d'un repas de Thérèse à bord de Winnibelle mais c'est tout de même sympa.
De retour au bateau on se pieute et basta !

 
Lundi 2 juillet 2001.

Nous revenons à terre pour chercher un supermarché et de la glace. Un vieil homme nous souhaite la bienvenue. Il s'appelle Georges est dentiste pour chevaux de courses !!! What a job. Il est sympa et très seul alors il nous emmène au supermarché dans sa bagnole car en plus il pleut des cordes. Thérèse achète 3 bricoles et nous regagnons Morehead City car nous étions à Beaufort. De retour au petit chantier où Georges à son voilier de 27 pieds, nous rencontrons Denis un quinquagénaire assez mystérieux qui n'en dit pas long sur lui.

De retour au bateau Thérèse nous concocte un steak (ça, ça faisait très longtemps). Avec un truc assez infâme, ça ressemblait à de la mauvaise herbe hyper dure. J'avais l'impression de mâcher du bois tellement c'était dur sous la dent. Je lui ai dit que c'était bon mais heureusement qu'il y avait la barbaque pour donner du goût aux branchages !!
Ma foi c'est rare quand ça arrive. Il paraît que ce sont des épinards chinois. C'est qu'en Chine ils en font des arcs et des flèches de ces trucs là. Ca peut tuer si tu en prends sur la gueule ou pire, si tu l'avales de travers ! Bref je retourne seul à terre et discute longuement avec Georges qui me montre son bateau. Je vais chercher de la glace et revient à bord.

Thérèse descend de nouveau avec moi. Nous allons nous promener et peut-être trouver un cyber café ou accès à Internet. De cela il n'y en a pas dans le coin alors on se ballade.
Je repère le coin pour faire du gas-oil et de l'eau demain puis nous rentrons. Avant d'embarquer sur l'annexe, nous discutons un bon coup avec Denis qui se révèle être un type charmant. Plongeur professionnel, chercheur de trésors, père de cinq enfants de trois femmes différentes et une quatrième, une coréenne, avec laquelle il n'a pas eu d'enfant. Intéressant le gars. De plus il se montre passionné par l'histoire de la famille de Thérèse. Nous lui promettons de revenir le lendemain pour lui dire au revoir et pour lui raconter l'histoire du Vietnam et des boats peoples.

 
Mardi 3 juillet .

Voilà nous sommes allés à bord du bateau de Denis pour boire un café, discuter un bon coup, prendre des adresses et nous sommes de nouveau sur Winnibelle. Branle-bas de combat, relever le mouillage, l'annexe, le moteur, tout ranger, lever le mouillage principal, puis le gas-oil, l'eau de la glace et nous voici engagés à l'intérieur de la rivière.

C'est magnifique. Nous naviguons à la voile car le vent Sud-ouest qui était passé au Nord-est pendant la journée d'hier est revenu. Nous glissons sans bruit à travers les arbres et les propriétés superbes d'américains aisés. C'est un enchantement qui dure toute la journée. Au soir, nous entrons dans le grand et vaste Palmico Sound où nous naviguerons jour et nuit. J'ai déjà préparé tous mes points GPS car les bancs de sable sont nombreux mais bien délimités.
Thérèse me prépare un repas de roi pour se faire pardonner des branchages d'avant. J'ai même le droit à un super dessert : brioche nappée de crème chantilly à la fraise, le tout sur un lit de fruits. Un régal. Puis moi qui avais mis le spi, suis obligé de tout remballer après une petite demie heure. Le vent est quasi nul et prés bon plein. Tant pis.

19 H 30. Le vent revient. Une jolie petite brise qui nous propulse au petit largue à plus de nœuds. Winnibelle fonce vers ses points GPS.

21 H 55. Tout le monde dort sauf moi et minou sur mes pieds à la table à cartes. Un orage arrive car je vois des éclairs. On verra ce qu'il en est. Mais il n'y aura pas d'esclandres ni de phénomènes électro-ventilo-pluvieux. Tout va bien, je navigue de phare en phare, au milieu de nombreux pêcheurs. Ce soir, pas trop de sommeil en magasin.

 
Mercredi 4 juillet 2001.

C'est le four of July aux US. Yeah ! Et pour fêter ça, un super orage s'annonce avec son horizon tout sombre zébré d'éclairs lumineux. Ca gronde au loin, pile sur la trajectoire du vent alors, comme d'habitude, branle-bas de combat. Je m'équipe : bottes, ciré, etc. Je prends 2 ris dans la grand voile, déconnecte tous les instruments électroniques, GPS, pilote puis balance toutes les masses électriques à la mer. Puis ça me tombe dessus avec au moins 45 nœuds. J'ai tout juste le temps d'enrouler le génois sous les trombes d'eau et de violentes rafales. Thérèse qui est réveillée, me demande où se trouve le chat, il n'est pas à l'intérieur. Moi j'avais fait un rapide tour de pont sous le déluge et je ne l'ai pas vu. C'est bon il est certainement tombé mais je n'ai pas le temps de m'en préoccuper pour l'instant. Au moment où cette pensée me traverse l'esprit, je le vois qui pénètre sous la capote par le pan explosé au large du Maroc. Il est trempé et terrifié le pauvre petit rat des poubelles. Je l'attrape par la peau et le balance à l'intérieur. Ce ne sera pas pour cette fois-ci.

20 minutes plus tard tout est fini. La vie reprend son cours, Thérèse me prépare un super petit déjeuner, elle est vraiment extra. Avant-hier elle m'a préparé des pâtes fraîches faites à bord avec de la farine et des œufs. Je n'en crois pas mes yeux, des pâtes fraîches maison et elles sont délicieuses en plus. C'était des tagliatelles roulées avec un bocal à cornichons. Epatante la petite. Après les cookies, les brioches, les pains, la crème au beurre et au chocolat, les pâtes fraîches etc, je m'attends bientôt à une pièce montée (et ça ce serait plus inquiétant !).

10 H 10. Tout va bien !! Tout va bien quelle ironie du sort !! Car c'était trop beau pour être vrai. Nous sommes arrivés à 4 miles du Dismal Swamp Canal, c'est-à-dire la dernière journée avant Norfolk et que vois-je de mes deux yeux écarquillés en face de Winnibelle : un pont en construction. Il y a des piles qui ne sont pas reliées. Mais ça va on peut passer. Sauf qu'à 2 miles de là il y a un autre pont. Je demande à Thérèse de me donner la clearance du pont comme ça, juste par acquis de conscience, mais elle n'est pas habituée et je descends pour contrôler moi-même. Et là je n'en reviens pas ! 45 putains de pieds seulement. Un rapide calcul me rend très anxieux quant à la possibilité de passer en dessous. 45 pieds ça fait 13,5 m, le mât fait 11,80 m jusqu'au pont plus 1,5 m jusqu'à l'eau soit 13,30 m. Mais j'ai une girouette, un feu de tête de mât et une antenne VHF. Je me présente quand même en face… c'est bas. En plus le courant m'entraîne vers le pont. Arrivé à 1 m de la première poutre horizontale, je stoppe le bateau en marche arrière, pétrifié car merde, merde et merde, putain de merde ça ne passe pas ! Je demande dans le feu de l'action à un pêcheur mieux placé, il confirme que ça n'a pas l'air de passer.

La mort dans l'âme j'appuie sur la marche arrière. Sortir de cet endroit est délicat. Je suis obligé de repousser le bateau de part et d'autre des flancs de l'étroit passage, puis je sors en marche arrière. Un demi-tour et me revoilà en sens inverse, cette fois… contre le vent et contre le courant. Merde, merde et re-merde.

Thérèse regarde la carte, il y a un autre chenal où nous pourrions passer à environ 15 miles en arrière. OK moindre mal, mais cette fois-ci je regarde de très près les hauteurs du pont qui le surplombent. OK, 65 pieds, là ça passe tranquille. Par acquis de conscience, je contrôle la profondeur du chenal. Merde… 4,2 pieds Winnibelle cale 6 pieds.
Putain, l'enfer. C'est pas 15 miles qui faut se taper au prés serré ni en tirant des bords, mais plus d'une centaine. On se rue sur la carte pour tenter de trouver une sortie de cette souricière, piège à con dans lequel je me suis fourré, mais il n'y a pas de sortie. Il faut refaire le chemin en sens inverse dans une mer intérieure formée, très courte qui stoppe le bateau toutes les trois secondes. Le moral est au plus bas car en plus il faut atteindre New York avant le 12 pour Thérèse.
Alors je commence mes bords. Et bord après bord on se traîne vers le Sud contre un Sud-ouest qui souffle à 30 nœuds. Je suis sous grand voile à deux ris et le génois bien enroulé. Le pilote souffre. Le bateau souffre. Le chat ne sait plus où il habite. Ca dure ça dure.
Thérèse me cuisine un super lunch pour me remonter un peu car je n'ai presque pas dormi la nuit dernière à foncer comme une bête droit dans le mur. Un simple pont dont j'ai oublié de contrôler la hauteur !!!

Je n'ai pas faim et grignote du bout des dents sans conviction. Thérèse, me sourit et tente de dédramatiser. OK j'ai acquis le putain de fait qu'il me faut me taper le vent en face pendant des heures et des heures.

Vers 15 h 30, j'en ai plein ma claque et décide de m'arrêter sous le vent de la côte Ouest. On y arrive à fond. Je jette l'ancre dans cet endroit à peine protégé. Le vent est presque parallèle à la côte. Mais c'est mieux tout de même. Nous nous lavons et passons un bon moment. C'est la vie il faut faire avec. C'est quand même débile d'avoir un chemin direct sans canal et de s'en interdire l'accès par un pont trop bas malgré un super chenal bien balisé et bien dragué qui amène et d'un autre côté par un chenal pas assez profond malgré le pont sous lequel tout le monde pourrait passer !! Quelle erreur grossière de ma part. Et moi qui m'étonnais de ne pas voir d'autres voiliers dans le coin ! La nuit se passe durement car le vent est fort et le bateau tangue en tirant sur sa chaîne. Heureusement la delta tient, comme d'habitude, très bien. Mais nous n'avons pas pu trop dormir à part ce matin car le vent s'est calmé. Hier soir avant de me coucher, j'ai regardé là-bas très au loin, les hommes qui, ensemble, fêtent leur 4 juillet. J'avais l'impression que tout cela était bien dérisoire, ces feux d'artifice touts petits vus de si loin alors que nous nous protégions de la nature quelque part dans cet endroit sinistre où nous ne devrions pas nous trouver.

 
Jeudi 5 juillet 2001.

Le vent est calme, nous lavons, rangeons, nettoyons. Des œufs se sont éclatés et répandus dans leur coffre en enrobant tout d'une couche coriace et nauséabonde. Thérèse me prépare une brioche sucrée. La vie continue.

11 h 45. Le vent reprend sa force d'hier, alors j'attends que ça se calme pour démarrer.

12 h 30. On part au prés serré et sans trop regarder la carte car la distance est importante. Très vite, je suis obligé de prendre 2 ris et d'enrouler le génois car la force du vent augmente. On n'est pas encore au niveau d'hier mais on s'y dirige. Le ciel s'assombrit et c'est la pluie pendant toute l'après-midi. Heureusement, Thérèse est là avec son sourire et son énergie débordante. On se régale d'un bon dîner préparé au mouillage. Moi j'ai toujours le ventre serré à cause des orages, des éclairs, de la foudre et des miles en sens inverse que j'ai du mal à avaler. Ils me restent en travers de la gorge ceux-là. Et ça tape et ça tangue. Le ciel s'éclaircit vers 18 h 00 mais chose curieuse, le vent se renforce.
J'avais relâché un ris, je suis obligé de le reprendre.

21 h 00. Vient le temps de la nuit. Thérèse dort, le chat me mordille un câble électrique et moi je tire des satanés bords de près. Ils se succèdent les uns après les autres. Le Palmico Sound je l'aurai fait en long, en large, en travers et en diagonale. Je règle le bateau au plus fin pour remonter sans que le pilote force. Pour l'instant ça va.

02 h 50. Je suis à 3 miles du grand banc de sable (Bluff Schoal) qui sépare Palmico Sound en deux. C'est un passage délicat qu'il faut franchir en un endroit précis. Un peu comme celui qui sépare Formentera d'Ibiza. Je suis descendu le plus au Sud puis je remonte en espérant passer en diagonale au bon endroit, mais apparemment ça sera trop au Nord donc encore du virement de bord en perspective. Heureusement la lune est belle et il n'y a, pour l'instant, pas d'orage.

03 h 30. Voilà, le passage est effectué avec en prime la lampe de tête du mât grillée. A changer au plus vite. Thérèse et Minou se sont joints à moi pour cette manœuvre.

 
Vendredi 6 juillet 2001.

Le vent qui était Sud-ouest rendant notre progression vers le Sud-ouest (tient justement !) difficile, décide d'orienter plein Ouest. A la bonne heure c'est justement dans cette direction que Winnibelle doit pointer son nez. Puis après une tripotée de virements de bords, je dois orienter Nord-ouest pour me diriger enfin vers l'entrée du canal que nous n'aurions jamais du quitter.
Bien sûr, le vent passe au Nord-ouest puis au Nord, alors maintenant je tire encore des bords de plus en plus courts au fur et à mesure que nous entrons dans Palmico River.
C'est la vie. Cette erreur aura été dure à renverser. Mais patience car nous n'y sommes pas encore ! Le chat fait des siennes avec le rouleau de papier hygiénique. On a retrouvé un tapis de confettis minuscules et un chat heureux comme un enfant qui voit la neige pour la première fois.

Nous sommes fatigués car le sommeil a été inexistant cette nuit à cause des innombrables malheurs. Nous entrons enfin dans Pango River qui remonte vers le Nord. La rivière est large et le Nord-est bien établi maintenant ralentit la progression du bateau.

Vers 17 h 30, nous entrons dans le canal. Des kilomètres de lignes droites monotones. Les berges sont défoncées, les arbres s'écroulent et pourrissent dans l'eau marron. Je m'écarte de quelques mètres du centre du canal et, à ma grande surprise, me plante magistralement. Heureusement le fond est constitué de vase et après quelques déplacements transversaux pour faire osciller le bateau de gauche à droite, le moteur parvient à tirer Winnibelle de ce mauvais pas.

20 h 00. La pénombre commence à envahir l'atmosphère. Je regarde machinalement sous le plancher et y découvre de l'eau jusqu'à la limite inférieure du plancher. Là ce n'est pas bon, je jette l'ancre en catastrophe et arrête le moteur. Je découvre un filet d'eau assez important qui vient de l'arrière. Je retire le contenu du dernier coffre là où se trouve le réservoir, car je soupçonne le presse-étoupe de la mèche de gouvernail, mais l'eau ne vient pas de là, elle jaillit de la base du gros tube qui relit le presse-étoupe de l'arbre d'hélice à la coque. (Le tube d'étambot).
OK C'est pas grave il suffira de resserrer le collier de serrage. Je range tout dans le coffre puis effectue la même opération dans le coffre tribord. Ca coule pas mal. Je desserre le collier et le déplace légèrement vers l'arrière. En se resserrant, la fuite s'amenuise et s'arrête complètement. Soulagé, je range tout et décide de rester là pour la nuit.
Il est 20 h 30, il fait nuit nous sommes fatigués par la remontée au prés du Palmico Sound. Thérèse me prépare un bon dîner et au lit.

 
Samedi 7 juillet 2001.

Thérèse doit toujours prendre son avion le 12. C'est possible si nous naviguons longtemps donc…

06 h 00. Je me lève, mets le Volvo en action, relève l'ancre la tête bien profondément enfoncée dans le cul, et reprends la route dans le brouillard qui enveloppe le bateau dans son canal. Au bout de deux heures de route, je commence à sortir ma tête du trou de balle dans lequel elle se sentait si bien et découvre avec un gros serrement de cœur que ……
je viens de parcourir durant deux bonnes heures, la route que j'avais couverte hier. Un léger courant m'a retourné le bateau pendant la nuit et je ne m'en suis rendu compte que maintenant. Je me bouffe les testicules en guise de petit déjeuner. Evidemment, je fais demi-tour ce qui réveille Thérèse. Elle se moque copieusement de mon étourderie tout en émettant de sérieux doutes sur la possibilité de ne jamais rallier New York à temps au rythme où je me goure en ce moment.
Déjà trois jours perdus à cause de mon erreur de nav' dans le Palmico Sound. Bref je repars dans le bon sens et débouche dans la Alligator River qui s'élargie pour atteindre Albermarle Sound précisément au niveau où nous avons dû rebrousser chemin devant le satané pont trop bas. Nous sommes au même point après 4 journées perdues !!!

Une fois de plus, je me plante à 4 nœuds. Heureusement le léger clapot qui agit dans cette grande étendue d'eau permet à Winnibelle de sautiller en marche arrière. Nous nous dégageons une fois de plus du merdier. C'est en fait une erreur de position d'une bouée rouge qui m'a foutu dedans. Je repars et nous traversons l'Albermarle Sound. Au soir, nous sommes dans la North River, nous suivons une grosse barge poussée par un remorqueur. Nous avons décider de prolonger la nav' durant la nuit. Ca s'annonce délicat car la rivière se rétrécit considérablement et s'enroule en une série de virages bordées de hauts fonds vraiment très très hauts (2 à 5 pieds). La nuit est noire maintenant. La lune ne s'est pas levée et nous nous sommes organisés. La carte est sur les genoux de Thérèse qui est munie d'une lampe frontale et d'un crayon. A chaque marqueur passé, on raye le symbole sur la carte. L'exercice est difficile car entre deux signaux lumineux, la rivière serpente entre des marqueurs verts et rouges non illuminés. Donc impossible de naviguer en ligne droite en suivant les signaux lumineux. Alors l'intensité du moment est à son comble. Je pose des questions tellement techniques à Thérèse qu'elle ne sait plus où donner de la tête.
Exemple : " Si tu traces une ligne entre les deux signaux lumineux, est-ce que le prochain signal non illuminé est à droite ou à gauche de cette ligne !!! " elle ne comprend pas car elle est stressée en plus par le ton d'urgence sur lequel j'ai posé la question. Alors je regarde moi-même et ça marche ou presque car je me plante une première fois.
Heureusement j'avance au ralenti, j'arrive à me dégager. Je n'ai tout simplement pas vu une bouée lumineuse. OK on est de nouveau sur les rails.
Je me plante une deuxième fois car une bouée supposée lumineuse ne fonctionne pas, elle est éteinte ! On repart et vers minuit, nous sortons de ce dédale pour entrer enfin dans un canal. Nous sommes sur les rotules à cause du stress. Le bateau passe doucement à travers une petite bourgade. L'eau est un miroir sur lequel se reflètent les maisons car la lune est haute maintenant. Je décide de m'arrêter dans le coin.
A gauche il y a une petite berge aménagée, peut-être y a t'il assez de fond. Je m'approche tout doucement mais évidemment il n'y a pas assez de fond. Je tente de faire marche arrière mais là, je commets une erreur de manipulation. Derrière Winnibelle il y a deux gros poteaux en bois et je n'ai pas perçu un courant très faible qui dévit la trajectoire du bateau vers ces piliers. Au dernier moment, je me rends à l'évidence, je ne pourrais pas éviter les putains de poteaux. Il faut que je donne un bon coup de marche avant pour que Winnibelle se pose sur ces piliers sans vitesse autre que celle minimum du courant.

Donc je me retrouve à 0 h 30 bloqué contre le pilier à cause du courant. Heureusement il y a plus de peur que de mal car le courant est faible et les poteaux sont en bois. Je m'en tire avec quelques éraflures superficielles sur la coque. Thérèse fait preuve de sang froid car la journée a été rude. Je me dégage facilement et jette l'ancre un peu plus haut.
Demain nous repartirons de bonne heure cette fois-ci dans la bonne direction !! (La bourgade s'appelle Coin Jock).

 
Dimanche 8 juillet 2001.

07 h 00. Le Volvo ronronne et nous partons. Après le canal qui se termine assez rapidement derrière Coin Jock, Winnibelle entre dans une large étendue d'eau peu profonde que traverse le canal bien balisé. Le vent se lève et je décide d'envoyer le génois avec le moteur pour avancer. La vitesse est très bonne, nous devons arriver à New York à temps pour l'avion de Thérèse.

Winnibelle fonce entre les marqueurs verts et rouges. Puis Thérèse rentre dans la cabine pour chercher un vêtement. Le ciel est bouché, le vent souffle, le fond de l'air est frais.
Thérèse crie quelque chose que je ne comprends pas. Je jette un coup d'œil à l'intérieur et découvre avec horreur que les planchers sont sous une couche d'eau de 5 cm. Je ne rentre même pas, j'enroule le génois immédiatement en tentant de faire le point dans ma tête sur les actions à mener dans les secondes à venir. Je fonce à l'intérieur et ouvre les trappes d'accès au moteur. J'enclenche la pompe électrique tandis que le moteur tourne dans une gerbe d'eau. La roue à inertie projette de l'eau dans toutes les directions.
J'arrête le moteur, la pompe continue de tourner. Je fonce à l'avant pour jeter l'ancre sans vraiment me rendre compte que nous sommes très proches du bord du canal. Puis je fonce à la pompe manuelle que j'équipe en 10 secondes. D'abord sortir l'extrémité du tuyau puis le manche. Je commence à pomper. Puis après une cinquantaine de coup de manches dans l'anxiété la plus intense, je fonce à l'intérieur. Le niveau est maintenant 10 cm au dessus des planchers. Là les pompes ne sont pas suffisantes. Je vire le plancher qui est articulé, vais chercher le seau et commence à sortir l'eau par quantité de seaux d'eaux. Mais c'est pas possible il faut faire autre chose, aller à la source. Je plonge ma tête dans le moteur, la fuite vient toujours du presse-étoupe. Cette fois-ci le tuyau s'est complètement désolidarisé de la coque. Ca rentre à une vitesse incroyable. Pour l'instant on ne s'en sort pas. Le cockpit qui se vide très lentement est déjà plein à ras bord au point où je me demande si l'unique évacuation restante ne s'est pas bouchée. Je demande à Thérèse de continuer à sortir des seaux d'eau. Elle s'exécute avec courage moi je fonce sur le coffre tribord. Il faut que j'arrête cette hémorragie à tout prix.

Nous coulons, nous coulons, bordel de merde. Je ne veux pas perdre le bateau après tant d'efforts et d'énergies dépensés avec Winnibelle pour réaliser ce rêve, ça ne peut pas se terminer dans un canal par 1,5 m de fond dans cette eau marron qui envahie tout sans se soucier du drame, de la tragédie qu'elle génère.
Nous coulons, petit à petit, il faut agir vite, vite, vite. Cette fois-ci, tout ce qui se trouve dans le coffre vole aux quatre coins du cockpit. Du coin de l'œil j'aperçois un voilier qui nous croise assez près. Je lui crie entre deux trucs que j'extirpe du coffre : " We are sinking ! " puis je ne m'occupe plus du mec et de son voilier, s'il a entendu tant mieux, sinon tant pis chacun pour soi, il faut agir vite, vite, vite. Je suis déjà sur le putain de tuyau du presse-étoupe. Ca gicle violemment à la base. Il n'y a plus de connexion et c'est un trou de 50 cm de diamètre qui laisse entrer l'eau seulement freinée par la présence de l'arbre d'hélice. Mon corps ne sent plus rien, j'ai les mains sur la blessure de mon bateau, elles se déchirent sur les colliers de serrage, les vis, les boulons. Je crie à Thérèse un ordre pour qu'elle me passe des tee-shirts immédiatement. J'applique les vêtements sur la voie d'eau en poussant de toutes mes forces. Ca stoppe le flot suffisamment pour commencer à devenir positif dans l'action d'évacuation des grandes eaux.

Thérèse est épuisée, elle patauge dans l'eau qui envahie l'intérieur. Le stress coule dans nos veines sans heureusement affecter encore notre capacité de jugement. Je demande si quelqu'un arrive pour nous aider. Oui, le voilier que j'ai appelé à ancré juste à côté. Le skipper que je ne voie pas est déjà à bord. Je lui intime l'ordre, en guise de présentation, de pomper jusqu'à évacuation complète de l'eau.

Moi je suis toujours dans ma salle des machines à appliquer le pansement de fortune. Cette fois-ci, l'eau est enfin évacuée. Je suis fatigué par la tension exagérée que j'imprime à mes muscles. Pendant ce temps, je réfléchis sur la suite. J'ai beaucoup de mal à contenir la fuite. Il faut que je plonge pour colmater cette voie d'eau par l'extérieure car la pression est trop forte à l'intérieure et surtout, dès que je relâche mes mains, ça rentre de plus belle. Dès que le niveau d'eau est suffisamment bas, j'abandonne ma position, enfile mon masque et tuba, puis muni de sacs plastique et d'un tournevis, je plonge. J'ai à peine eu le temps d'apercevoir le skipper qui pompe pour nous aider.

Thérèse le remplace car il est crevé et il en profite pour dialoguer avec les coastguards qu'il a alerté de son bateau. L'eau est fraîche et tellement marron que je n'y voie pas à plus de 3 centimètres. Comme je suis un tantinet casse-couille ou presbyte, comme on veut, ça complique la tâche. J'enfile le plastique autour de l'arbre d'hélice et bourre avec le tournevis. Je suis sur le fond, mes pieds touchent de la vase gluante et me renseignent sur le fait qu'en plus de la voie d'eau, je suis posé et bien posé sur le fond.
Un autre problème qu'il faudra régler.

Je remonte à bord, cette fois la voie d'eau est comblée, ça ne rentre plus. Je suis soulagé au-delà de tout ce que l'on peut imaginer. Winnibelle ne coule plus, j'ai un homme à bord charmant qui se propose de rester jusqu'à ce que je trouve une solution. Nous faisons connaissance, il s'appelle Fred et semble au courant des détails techniques que je lui balance. Je repars dans la salle des machines ou plutôt dans le trou des machines !!
Il était temps car Thérèse et Fred sont épuisés par la pompe manuelle. J'ai arrêté la pompe électrique car elle pompe que dalle par contre elle me bouffe les batteries cette salope a sucer du courant pour rien. (Tiens ça me rappelle le comportement de certaines femmes !).

Me revoilà seul face au presse-étoupe. J'essaie d'abord de connecter le gros tuyau à la coque, mais il n'y a rien, pas de matière sur laquelle je puisse serrer un collier. Puis je m'aperçois que le presse-étoupe est lui aussi sorti du tuyau. J'essaie de le reconnecter sans succès. Je sors du trou pour recevoir les coastguards qui sont arrivés entre-temps. Même si à la VHF nous avons expliqué que la situation n'était plus critique car la voie d'eau avait été maîtrisée, ils viennent avec une grosse pompe au cas où. Ils se maintiennent en stand-by tandis que j'essaie de réparer. Au bout d'une heure de bataille, je me rends à l'évidence : je ne peux pas reconnecter le presse-étoupe dans le tuyau, et encore moins le tuyau à la coque. En fait, je ne peux plus rien connecter du tout ! En plus, j'accapare le temps des coastguards et de Fred.

Je prends alors la décision de rentrer sur Coin Jock pour m'amarrer à un dock et y voir plus clair sur la suite à donner à l'événement. Je replonge pour bien sécuriser la voie d'eau de l'extérieur puis remonte à bord. Maintenant il faut dégager Winnibelle du haut fond sur lequel il est lamentablement planté.

Legacy est le nom du bateau de Fred, il se positionne avec une grosse amarre que j'ai à bord pour les mouillages durs. Après deux tentatives, Fred abandonne, il y a trop de vent et il ne peut pas se positionner correctement sans se mettre lui-même en danger. Les conversations VHF ont attiré une flottille de bateaux à moteur dont un se propose de nous aider. Il ne maîtrise pas très bien son engin et je suis obligé de lui montrer la direction vers laquelle il doit tirer. Mais il est très sympa et s'exécute sans broncher. Ses moteurs sont puissants. Entre-temps j'ai dû remonter l'échappement que j'avais déconnecter pour accéder au presse-étoupe. Donc j'ai envoyé le Volvo pour remonter l'ancre au fur et à mesure que Winnibelle sort de la vase. A la deuxième tentative, le bateau se penche et sort enfin du bourbier. Les coastguards sont là mais n'interviennent pas. Legacy récupère la ligne de remorquage et nous repartons en sens inverse vers Coin Jock en silence. Nous sommes épuisés Thérèse et moi. Winnibelle revient de loin. Mais nous sommes en de bonnes mains, des mains prêtes à donner pour nous sortir de cette merde.
A 2 miles de Coin Jock, Legacy se plante à son tour suivi de Winnibelle évidemment. La ligne est larguée, Legacy avec 50 chevaux pour 32 pieds se sort de la vase mais moi j'y suis j'y reste. Cette fois-ci les coastguards interviennent ils ont un gros zodiac rouge avec 240 chevaux au cul et un attirail de remorquage bien conçu. De plus ils connaissent leur affaire et agissent vite et bien. En 5 minutes nous sommes de nouveau à flots, (je commence à en avoir ras le c… de m'enliser dans ce bourbier.).

Les coastguards sont efficaces, polis, mais sans effusion d'une quelconque émotion. Ils ont effectué un rapide tour d'horizon sur mon matériel de sécurité et ça leur convient. Je ne fais pas partie des bleus qui se lancent dans l'aventure sans rien à bord pour s'en sortir en cas de coup dur.

16 h 30. Nous voilà à la marina de Coin Jock. Il faut tenter de réparer, alors je replonge dans mon trou à mécanique mais au bout de 5 minutes, le constat est sans appel. C'est beaucoup plus grave que je ne l'imaginais. Il faut sortir le bateau car je me doute qu'en fait, la connexion tuyau de presse-étoupe à la coque, a tout simplement cassé car il n'y a plus de matière pour serrer mon collier. Après avoir négocié le prix de la marina de 32 US à 15 US dollars, nous recevons Legacy à couple de Winnibelle. Nous faisons plus ample connaissance et surtout nous tentons de trouver une solution au problème. Le gérant de la marina peut nous trouver un remorquage jusqu'à Norfolk où se trouve le prochain chantier pour un minimum de 250 dollars. C'est énorme pour ma bourse. J'interroge Fred sur la possibilité d'un remorquage grâce à des amis à lui etc. Mais après quelques appels téléphonique, toujours pas de solution. Sauf que son pote Billy Bob lui suggère la ville d'Elisabeth City qui se trouve sur la route n°2 à l'inverse de là où nous allons. Puis la copine de Fred résout tout à fait le problème en disant OK pour Elisabeth City et puisque nous y allons, car c'est la base de Legacy, on peut les remorquer gratuitement. Done deal !

Ils vont me faire économiser beaucoup d'argent et au point où j'en suis, n'importe quel chantier avec un traveller lift fera l'affaire. Une fois le bateau hors de l'eau, j'y verrai plus clair. Thérèse nous prépare un super cocktail et des pâtes délicieuses. Tout le monde est ravi par ce repas sorti d'une cuisine aussi petite. Thérèse consolide la relation grâce à son sens de la réception. Fred tente de me trouver une solution technique capable de me résoudre les problèmes sans sortir le bateau de l'eau. Il tente de me dissuader de sortir Winnibelle mais à ce moment je sais que la panne est grave et qu'une réparation d'importance s'impose. La suite me donnera raison. De plus, je ne tiens pas à me retrouver en mer avec un point faible aussi meurtrier.
Alors que Legacy se détache pour aller ancrer un peu plus loin en attendant le petit matin, je réfléchis sur la journée incroyable que nous venons de vivre. Une fois de plus, il n'y a pas de doute, je suis aidé par des forces bienfaisantes. Il ne peut pas y avoir d'enchaînements aussi compliqués du hasard pour aboutir à une issue aussi favorable. Ce n'est pas par hasard que j'ai commis toutes ces erreurs de navigation. Il fallait que j'effectue tous ces miles au moteur pour déclencher la panne en eau protégée, peu profonde et très fréquentée ! Si j'avais été seul en mer, la nuit au moteur pendant une de mes tranches de sommeil, … L'expérience me prouve que les premières minutes sont cruciales. Thérèse était là pour donner l'alerte suffisamment tôt pour me permettre d'agir. Merci à ceux qui veillent sur moi, sur Thérèse, sur nous.

 
Lundi 9 juillet 2001.

06 h 00. Legacy est là comme prévu. Nous refaisons le chemin parcouru en remorque à 3 nœuds de vitesse. La journée est très douce et j'attends avec impatience de voir Winnibelle hors de l'eau. Tant que son arbre d'hélice n'aura pas franchi la surface de l'eau pour trouver l'air libre, je ne serais pas tranquille. J'espère que mes sacs en plastique ne vont pas se barrer !

13 h 00. Nous entrons dans la rivière qui amène à Elisabeth City sur la route n°2. Nous nous déconnectons et nous continuons à la voile. Il y a du fond et le vent est portant et faible. Tant mieux, j'ai peur que les filets d'eau tirent les sacs plastiques en dehors de leur logement. Winnibelle est décidément beaucoup plus rapide que Legacy à toutes les allures.
Je tourne autour de Fred et sa copine Sandra. J'ai de la peine à croire que Winnibelle coulait il y a 24 heures. Elisabeth City est en vue mais nous n'avons pas réussi à contacter le chantier ni par VHF ni par le téléphone. Legacy se dirige sur tribord vers son espace à Pélican Marina. Moi je me dirige sous grand voile seul vers le chantier qui se trouve sur bâbord. Je me rapproche avec l'intention d'ancrer. Il faut que je plonge car nous faisons de l'eau en plus grande quantité maintenant. Les sacs plastiques commencent à se désolidariser de leur trou. Je suis anxieux de plonger, mais en me rapprochant j'aperçois une grosse barge rouillée à couple de laquelle je pourrais peut-être m'amarrer sous voile. J'effectue la manœuvre impeccablement, la grand voile tombe et Winnibelle finit sa course tout doucement à couple de la barge. Thérèse réceptionne l'avant et moi l'arrière. Un homme d'un certain âge me lance des invectives de loin mais la manœuvre d'accostage m'empêche de comprendre. Je vais enfin vers cette personne, il s'agit en fait d'une vieille dame, Mary Adley, elle est la propriétaire du chantier. Mary Adley me propose de m'amarrer directement dans l'encoche du traveller lift pour sortir le bateau dès le lendemain matin, car tout le monde est parti à 17 H 30.
Mais au fur et à mesure de la manœuvre, les employés, dont son fils qui est capable de mener le traveller lift, réapparaissent pour nous aider. On décide finalement à mon grand soulagement, de sortir le bateau dans l'instant. Ils sont sympas, protègent leurs sangles avec du cellophane et 15 minutes plus tard, Winnibelle est dehors dégoulinant d'eau marron avec ses misérables bouts de sacs plastique enfoncés à moitié dans le tube d'étambot. Je suis soulagé d'un grand poids. Loyd, le fils de Mary Adley, regarde la panne et m'observe. Moi je joue un peu au Candide qui n'y connaît pas grand chose, je lui dit que je n'ai pas de solution… ! Sa réponse est simple : " I have a solution. "
Bien, on va se coucher heureux ce soir. Mais un mec qui bosse sur un bateau voisin nous propose de venir chez lui prendre une douche et partager un repas avec sa famille, sa femme enceinte de 7 mois ½ , et sa fille Nicole 1 an ½. Sa générosité est incroyable. Il ne nous connaît pas et nous invite chez lui après une heure de rencontre. Une fois chez lui, nous nous lavons et reprenons forme plus humaine. Je contacte Matt, car à l'évidence je ne pourrais pas assurer le coût de la manipulation et de la réparation. Matt me rassure au téléphone, il m'aidera financièrement et me donne son numéro de carte bleue (ou Gold !). Ca va de mieux en mieux.
Franklin est marié à une indienne. C'est un arrangement comme il en existe beaucoup dans ce pays. Franklin est un type intelligent qui a vite compris que ce n'est pas chez les bitches américaines qu'il allait trouvé son bonheur. De retour au bateau, nous nous endormons sereins. Demain on y verra plus clair.

 
Mardi, mercredi, jeudi 10,11 et 12 juillet 2001.

Je bosse comme un dératé pour garder la facture à son minimum. L'arbre d'hélice est déconnecté ainsi que l'échappement. Grâce à un outil de Franklin, nous scions le tube d'étambot qui est en PVC ou une sorte d'ailerin assez flexible. Il a été cisaillé net au niveau de la stratification de la coque. L'autre bout (30 mm) se trouve dans le tuyau du presse-étoupe. Je sors le tube d'étambot assez facilement car la liaison tube-coque est faible. Il faut remplacer ce tube en PVC par un tube en fibre de verre que Mary Adley va chercher personnellement à Norfolk. La journée s'achève là, j'en profite pour réparer mes évacuations de cockpit qui étaient mortes. J'ai supprimé carrément les vannes pourries qui m'enmmerdaient et décidait de relier directement le cockpit à la coque grâce à un tuyau flexible. J'ai cherché pendant une heure un tuyau qui pourrait faire l'affaire sans succès. J'ai même tenté d'utiliser un vieux tuyau d'échappement mais j'ai faillit devenir fou à essayer de relier les deux extrémités. Finalement, je me suis rendu à vélo à Aotozone où j'ai enfin trouvé les deux tuyaux parfaitement adaptés. Là, c'est un homme de grande qualité qui me voyant dans la merde avec le numéro de carte bleue de mon beau-frère, m'a tout simplement offert les tubes !! 11,86 US dollars, de sa poche avec un grand sourire.
J'ai remonté tout ça le soir même. Le lendemain, j'ai adapté le trou de la coque au nouveau tube d'étambot, nous l'avons monté avec une pâte très costaud (ça s'appelle 5200).
Entre-temps un banc de strpesbass est passé par là et Loyd s'est rué sur ses cannes à pêche. Le soir nous avons dégusté un strpesbass, au lunch c'était du filet de dorade offert par Mary Adley. Nous avons rencontré Billy Bob un ami de Fred ainsi que Dorothy et Tim qui possèdent Chiny Doll, un superbe voilier de grande croisière qui ne décollera jamais de sa marina pour cause de bonne femme qui peut pas !!
Le lendemain Loyd a plastifié l'extrémité du tube d'étambot et j'ai tout remonté. Dernière touche de finition sur la coque, mastic et anti-fooling et à 13 H 30, Winnibelle était dans l'eau. Tout va bien, la réparation ne fuit pas. Franklin nous indique une marina en face. C'est un service offert pas la ville et c'est gratuit !!!
Donc nous voilà amarrés à côté d'un gros bateau australien. Je les connais, je les ais rencontré à Saint-Martin. Le monde est petit. C'est ce soir là que nous avons rencontré Billy Bob etc, chez Fred, délicieuse soirée d'ailleurs.

 
Vendredi 13 juillet 2001.

J'effectue deux missions, n° 1 réparer le feu de tête de mât dont la lampe à brûlé, acheter une carte téléphonique, répondre à mes emails.
Mission n° 2, nettoyer toute la quille et vache à eau qui sont dégueulasses.
Thérèse va mieux. Notre situation précédente hors de l'eau, pas de fric, saleté, précarité, etc lui avaient fait perdre le moral !!

 
Samedi 14 juillet 2001.

Nous effectuons la lessive. Tout va bien, j'ai pu joindre mes parents qui se trouvaient chez Marc et Nathalie. J'ai pu parler à toute ma famille.
De plus il me reste un peu de fric (9 000 F avant le retrait de 2 406 F d'emprunt). Ca va nous permettre de continuer sereinement (ou du moins relativement sereinement). L'après-midi Fred nous emmène faire des courses, 122 dollars mais nous sommes parés pour repartir.

Vers 17 h 00, alors que nous n'avons pas fini de tout ranger dans les coffres, Franklin arrive en barque avec sa femme et sa fille. Nous les recevons à bord.
Latta éprouve toutes les peines du monde à monter sur la plate-forme mais elle y parvient. Elle a dû doubler de volume depuis qu'elle est enceinte. Sur le fait, nous avons invités Fred et Sandra. Donc nous voilà à 6 plus une petite fille dans la cabine. Thérèse se défonce dans la cuisine et comme d'habitude c'est parfait. Puis Franklin et Latta nous laissent et Billy Bob ainsi que sa sœur, un ami et le copain de sa sœur arrivent.
Thérèse n'arrête pas, elle se décarcasse pour tous ces gens qui nous ont aidés et que nous quitterons le lendemain. Enfin seuls, nous rangeons et lavons tout ce fourbis de plats, couverts etc. Je suis fatigué et Thérèse est sur les genoux mais tout va bien.

 
Dimanche 15 juillet 2001.

Après les pleins d'eau, de gas-oil et un dernier au revoir à Fred et Sandra, nous passons le pont d'Elisabeth City.
Bientôt nous naviguons dans une rivière étroite où règnent en maîtres une multitude d'insectes de toutes formes. Nous nous battons contre des mouches jaunes encore plus salopes que les moustiques.

15 h 15. Nous passons la première écluse et nous nous arrêtons à 17 h 00 au Visitor's Center en plein milieu de Dismor Swamp (un immense marécage, réserve naturelle d'animaux). Nous sommes attaqués par ces fameuses mouches jaunes. Heureusement nous avons les moustiquaires.
Et voilà, il est 23 h 50 et je termine cette petite section du voyage en compagnie du chat qui me regarde. Il a bien grandit, maintenant. Dodo.








































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