GIBRALTAR


Dimanche 10 décembre

8h30 Départ.

Il fait très beau mais froid (10 degrés dans la cabine). J’envoie le Génois qui se gonfle sous l’effet d’un restant de brise de terre. Pour l’instant je fais route vers un cap dont je n’ai pas le nom mais qui précède Motril. Je sais que très bientôt le vent va tomber et laisser place au sempiternel sud ouest.
Génial ! Encore une journée de prés serré et de zig zag.

9h00
J’y crois, je suis motivé, j’envoie la ligne de traîne ! Cette fois-ci, je veillerai à ce qu’elle ne s’accroche pas au safran.

11h45
Bon, et bien la grande bleue veut me mettre en défaut car le vent contrairement à ce que je croyais, se maintient trois quarts arrière presque travers de Winnibelle, alors j’envoie le spinnaker. J’avance tout gentiment, pourvu que ça dure. Cette navigation calme me permet de sélectionner des photographies pour les organiser dans un album vide. Quelques unes me font mal, mais c’est la vie !

13h00
Il n’y a plus un souffle de vent. C’est désespérant ! Il semble ne pas exister de transition entre les coups de vent, le bon vieux sud ouest dans le nez et la pétole.
Y en a marre, vivement que je sorte de ce trou à rats ! Pour me changer les idées, je décide de créer un livre de bord dédié à toutes les femmes avec lesquelles j’ai fais l’amour ! Occupation somme toute plaisante en regard du fait que cela fait un bon mois et demi que de ce coté là.... c’est du virtuel exclusif ! !

16h40
Après tout un après-midi à me traîner lamentablement, je décide de mettre le cap, au moteur, vers une petite bourgade (Castelle de ferro). J’y arrive doucement dans un calme magique. La frustration précédente a laissé place à un sentiment de plénitude et de sérénité. Il n’y a pas un souffle d’air et je mouille en face de la plage. Le moment est féerique, la mer est un miroir où se reflète la beauté de cet environnement si naturel. Il n’y a pas d’abri, mais la météo ne prévoie aucun changement pour la nuit. Je me prélasse dans le cockpit, seul. Il y a des promeneurs qui regardent d’un œil curieux ce petit voilier ancré près de leur plage en plein hiver.

 
Lundi 11 décembre

8h56 Départ après avoir fais la vaisselle. Hier, je m’étais cuisiné des spaghettis à la sauce tomate aux oignons et ....au thon. J’en ai pour trois jours au moins. Le vent est de nouveau un reste de brise de terre trois quarts arrière. Le paysage est très beau. Des montagnes pelées défilent lentement sur mon tribord sous la lumière rasante du petit jour. La température est de 14 degrés celcius dans la cabine, Ca remonte !

9h30
Le spi vient d’entrer en scène ! Je vais essayer de battre mon record de distance d’hier : 21 miles ! !

11h10
Tiens, toujours le vent plein arrière bien établi force trois environ. Winnibelle avance bien pour une fois. 4 nœuds d’après le GPS. C’est très bien compte tenu du fait que je vais directement ou j’ai envie d’aller sans avoir à zigzaguer avec, en prime, une vitesse plus qu’honorable. Jusqu'à présent, les vents portant rencontres tout au long de ma route portent un nom simple mais éloquent : PETOLE caractérisée par une variabilité déconcertante ! Alors je me régale aujourd’hui avec mon vieux spi bien gonflé. Je me régale depuis le début en fait, même si les conditions de vent ne sont pas clémentes. Je suis vivant, plein de désir et cette aventure est formidable. Je n'en démords pas.

16h30
Comme d’habitude depuis quelques jours, le vent est complètement tombé. Il n’y a plus rien. Cette fois ci j’ai tout affalé sans plier. Je vais attendre le retour du vent. D’après mes observations précédentes, une légère brise de terre devrait se lever. Je tenterai d’en profiter en naviguant cette nuit, on verra bien. Pour l’instant le bateau repose doucement sur cette fabuleuse mer huileuse. Je ne veux pas bouger de peur de briser cette paie de la nature. Il n’y a pas de mots pour décrire ce moment là, loin de tout, seul en plein silence. Le bateau ondule doucement au rythme d’une houle à peine perceptible, calme respiration de la mer endormie. Je savoure chaque seconde comme une victoire sur des concepts de vie absurdes. Je regarde autour de moi, il n’y a personne là ou c’est tellement beau, ou c’est tellement propre. Je suis seul, suspendu au cœur de cet univers de nature brute. J’oublie l’espace de cet instant qu’ailleurs, mes semblables s’entassent, s’agitent, se pressent l’un sur l’autre, l’un dans l’autre. Ca grouille, ça pue, ça pollue sans vergogne et sans pitié en une vile frénésie pour l’inutile. Même moi, là au milieu, je ne suis qu’une intrusion vivante. A ma façon, je fais partie de ce viol collectif avec mon bateau fait de fibres de verre et de toutes ces matières qu’il a fallu arracher à la terre. Je m’allonge sur la plage avant de Winnibelle, la tête penchée sur l’abîme de la mer. J’imagine les créatures qui vivent là dessous, m’attendant à tout moment à découvrir l’ombre de l’une d’elles glissant en silence vers je ne sais ou.

18h59
La petite brise de terre est bien au rendez vous. Je marche tout doucement au pré bon plein. Les couleurs de la nuit naissante m’ont offert un spectacle magnifique, suivit par l’ascension d’une lune énorme. Elle s’est levée pleine d’une puissance bienfaisante qui me réchauffe comme un soleil. Elle est tout simplement magnifique. Cette nuit risque de me procurer un sentiment de plénitude proche de la béatitude (no tanto ! ! dirait ma mère).

20h15
Ma stratégie, c’était du bidon ! la brise de terre s’est très vite étiolée pour se transformer en une superbe pétole. J’ai attendu jusqu’au dernier moment. Un petit coup de Volvo et ça repart. Prochaine fois je vais me coucher dans une baie sur la cote.

20h50
Aller, c’est reparti. Je viens de transvaser un bidon de 20 litres de gasoil vers le réservoir de carburant en prévision de toute une nuit au moteur, mais le vent se relève même secteur : ouest nord-ouest force deux ou trois. J’ai comme l’impression que ma nuit va s’agrémenter d’une série de manœuvres riches et variées. Et vas-y que je te renvoie la toile, et j’affale tout de nouveau. Un coup de Volvo, puis je l’arrête et etc. Je n'ai plus d’encre, du coup je change aussi de stylo. J’te dis que j’vais m’amuser ce soir ! C’est la soirée des changements.

 
Mardi 12 décembre

2h10 Après petit vent suivit de pétole plus moteur, voici revenu le vent pré bon plein force 4 environ. Winnibelle marche à 6.2 nœuds. J’essaye de dormir par tranches de 20 minutes sans grand succès. Je ne suis pas assez fatigué. Les bonnes nuits de sommeil que je me suis offert récemment m’ont trop bien reposé. Il faut que je sois bien crevé pour pouvoir entrer dans ces cycles nains. La lune s’accroche au mât, on y voit comme en plein jour.

4h00
Re-pétole, re-Volvo.

5h15
J’arrête le moteur, mais la pétole est à l’affût, prête à me bouffer le moindre souffle de vent. Je parlais de fatigue, elle m’habite là, à l’instant. J’ai du mal à former les lettres. J’aimerai bien aller me coucher mais il y a une palanquée de plus 15 de lamparos droit devant !

5h30
Re-pétole, re-Volvo. Les dauphins sont là. Je les entends gazouiller à travers la coque. Je m’allonge à plat ventre sur la plage avant avec la main dans l’eau. Je leur parle, ils sont tout prés, peut être aurai-je le privilège d’un contact fugitif. J’aimerai toucher leur peau comme s’ils pouvaient ainsi me donner un peu de liberté sauvage, mais ils se tiennent à 30 cm de distance.

9h00
Je renvoie le spi. Le vent est faible mais que diable !

10h20
Ca y est ! ! Je vois le grand rocher blanc. Il se dresse au loin. Gibraltar me montre la voie. Le vent est soutenu, force trois. Un vrai plaisir de naviguer dans ces conditions. La mer est magnifique, presque plate après une nuit sans vent. J’avance résolument vers l’océan Atlantique

12h00
Re-pétole, re-Volvo. Je me suis mis torse nu, c’est dire si ça commence à sentir bon les tropiques. Je n’y suis pas encore mais qu’est ce que j’y pense ! C’est contagieux, le blue jean et le caleçon long que je ne quittais plus, viennent de rejoindre la pile de pulls. J’ai déniché un short vert qui se planquait. Il ne pensait pas bosser si tôt !

13h00
Un peu plus que pétole dans le nez, j’établis les voiles classiques après avoir plié l’ensemble du bric à brac lié aux manœuvres de spi. Je me traîne à 3.1 nœuds. Il n'est pas pressé de me voir arriver le rocher !

15h20
Ca y est, je commence à rentrer dans des zones très perturbées par les courants.

15h30
Plus de vent, je passe au moteur. Le courant est avec moi car le SOG (speed over ground) indique 5 nœuds alors que je devrais être à 3.8. Je viens de voir une sorte de bonite faire un joli bond au dessus de la surface. Je me précipite sur la ligne de traîne. Peut être pourrais-je déguster du poisson frais ce soir !

17h00
C’est raté pour le repas de poisson. Je contemple les détails de ce rocher mythique, et au fur et à mesure qu’ils se précisent, une vague de joie intense m’envahit comme un raz de marée. Je suis tellement heureux que mon visage se crispe en une sorte de sourire incontrôlable. Je me sens porté, bousculé par cette très forte sensation. Je m’entends dire malgré moi : « J’suis content ». Debout dans le cockpit, les bras croisés, la joie me terrasse et je répète dix fois : « J’suis content ». Je prends conscience du moment fabuleux que je suis en train de vivre. Gibraltar, après 21 jours de prés serré, de pétole suivit de coups de vent, de solitude, de nuits froides, de fatigue, c’est fort et ça me serre les tripes alors que, devant Winnibelle, le rocher prends possession de toute la scène. Au delà, je vois l’Afrique et devine au loin l’Atlantique qui m’attend Je ne sais pas à cet instant que l’océan réservera, en guise de rite initiatique, un traitement spécialement musclé pour quelques inconscients dont je ferai partie, alors que l’ensemble de ce qui flotte sera à l’abri, loin de la furie.

19h00
Je mouille au crépuscule au fond de l’immense baie. Je suis déçu, l’endroit est sinistre, la lune ne s’est pas encore levée. Une odeur fétide et douceâtre provient d’un complexe pétrochimique dont je vois les lumières. Il déverse, sans relâche, sa merde dans l’atmosphère pour que je puisse faire tourner mon moteur. Quelle absurdité ! Il y a un an, je m’étais arrêté en compagnie de Thérèse, à la marina Queen’s Bay. C’était très sympa car les finances d’un budget multiplié par deux nous permettaient cette dépense. Je me rends compte une fois encore que, sans argent, ce sont les endroits merdiques, puants et sales que ces lieux de passage, réservent aux navigateurs comme moi. Il y en a d’autres. Je suis de plus en plus convaincu que ce sont les endroits oubliés des touristes qu’il faut rechercher, là où l’apparition d’un voilier comme le mien suscite curiosité culturelle et envie d’échanger de l’amitié plutôt qu’une opportunité pour gagner des dollars. J’en aurais encore une preuve éclatante aux Caraïbes ! Encore heureux qu’il existe au moins un endroit pour mouiller !

 
Mercredi 13 décembre

Levé tôt, bien reposé. Je me suis pris une bonne douche puis suis allé faire des courses au supermercado du coin, ai changé mes deux bouteilles de gaz et ai envoyé des e-mails. J’ai appelé Papa et Maman, tout va bien. Mon compte en banque est limite. Il faudra ne rien consommer ce mois ci. J’ai encore démonté la pompe à eau de mer pour la vaisselle. Elle forçait encore la salope. Elle aura d’abord donné du mal mon père car il avait effectué la réparation initiale. Elle re-fonctionne librement maintenant, on verra pour combien de temps. L’endroit n’est vraiment pas agréable alors je décide d’aller à Queen’s Bay Marina le lendemain pour laver mon linge et faire les pleins d’eau et de gasoil.

 
Jeudi 14 décembre

Décidément, je deviens un accro des cybercafé. Me voici à la Marina de Gibraltar. J’aime me balader dans les ruelles propres et bien entretenues de cette petite colonie Britannique. On s’y sent bien, même si tout est ridiculement cher. J’ai contacté mon frère pour déterminer du lieu et du moment de notre rendez vous. Nous avons décidé de nous voir pour les fêtes de fin d’années. Marc, Nathalie ainsi que Geneviève veulent me rejoindre à Gibraltar, mais je suis parti tellement tard que je ne désire pas attendre plus longtemps en Espagne. Je me suis fixé Les îles Canaries comme objectif et mon retard dû aux vents contraires ainsi qu’aux problèmes administratifs de dernière minute me pousse à décoller le plus rapidement possible vers les Iles Canaries. La rencontre tombe à l’eau car les vols pour ces îles sont chers. Tout le monde est déçu et moi encore plus car je me faisais une joie de revoir ma famille et mes amis. Je ressors du cyberworld (4 British pounds par heure, soit le double qu’en Espagne, et ça rame tout autant!). Je suis contrarié mal à l’aise.
Je me dirige vers un magasin ou je rencontre une charmante jeune femme Espagnole. Elle ne parle qu’un Anglais très rudimentaire, mais je parviens à lui demander où se trouve une agence de voyage. Elle me l’indique en me prenant par le bras (c’est un bon signe). A l’agence, la situation se débloque car la consultante trouve des tarifs attrayants vers Tenerife au départ de Barcelone. Je fonce de nouveau vers le cybercafé et j’envoie un e-mail pour proposer la solution. J’y retourne le soir même sans grands espoirs, mais la réponse est là : « OK pour Ténérife à ces conditions ». J’exulte car je ne m’attendais pas à leur accord immédiat. Demain Marc doit finaliser avec l’agence. Je suis vraiment heureux à cet instant et ne me doute pas qu’avec la mer, un projet bien planifié ne pèse pas lourd.

Cet après midi là je rencontre un jeune homme de 33 ans, Olivier Favel. Il possède un Jouet 1300 acheté grâce à la vente de tous ses biens (maison, voiture etc.) Il vivait depuis 7 années avec sa copine quand, il y a 3 ans, il a senti l’appel de Dieu, me dit-il ! Alors il a changé de direction pour servir les autres. Il est intéressant par la clarté de sa démarche. Je ne ressens que du positif émanant de sa personne. J’ai rarement rencontré d’homme aussi serein. Même son visage semble lumineux.
Son bateau que je découvre sur son invitation est pas mal du tout. Décidément ce Tortarolo est un architecte plutôt talentueux parce que le jouet 37 est aussi une belle réussite. L’agencement intérieur est peu commun avec un grand carré situé à l’arrière du bateau, le moteur est parfaitement accessible, il existe une double commande intérieure avec roof panoramique discret. Vraiment pas mal du tout. Lui aussi s’est installé un étai largable, il possède un dinghy rigide monté sur des bras à l’arrière. Il veut atteindre l’Uruguay en Amérique du Sud pour s’occuper avec un frère religieux d’une mission pour les enfants pauvres. C’est beau et ça fait du bien d’entendre ce genre de chose. Pourquoi pas. Je lui pose quelques questions d’ordre technique sur sa route et sa stratégie de navigation et m’aperçoit qu’il possède en fait très peu d’expérience. Il avance à la grâce de Dieu. Jusqu'à présent cela lui a plutôt bien réussi car il navigue seul, tout comme moi, depuis le sud de la France. Nous prenons ensuite un thé à bord de Winnibelle et je lui demande de copier sur calque les infos relatives aux cartes des îles Madère, au cas ou il déciderait d’aller y faire un tour. J’apprendrais un peu plus tard qu’il réussit grâce à cela à se réfugier sous le vent de ces îles. Rien ne semble se déterminer par le simple fait du hasard. Il partira demain matin à la première heure. Pour moi ce sera le surlendemain.

 
Vendredi 15 décembre

Ce matin, juste après ma douche, je fonce à l’agence de voyage. La consultante est déjà au téléphone avec Marc, ça tombe bien.
Tout est arrangé en 10 minutes. Marc Nathalie et Geneviève viendront à Ténérife pour le 25 décembre avec un retour réservé pour le 1er Janvier 2001. Ca roule !
Je suis tellement content que je retourne au magasin de fringues pour tenter de revoir ma petite Espagnole mignonne. Elle est là toute souriante. Elle s’appelle Anna et après quelques instants à peine, m’avoue qu’elle est mariée sans enfants mais me fait comprendre clairement que je lui plaîs et qu’elle est en plus, pas loin du divorce. Très bien sauf que c’est vendredi et son mari militaire stationné à Ceuta, rentre vers 16 heures. Donc pas le temps de se voir en privé. Ca sera pour une autre fois. Regards qui en disent long. La poignée de main suave comme une caresse glisse vers ma liberté. Nous nous quittons avec quelques regrets, mais c’est la vie !
De retour au port, mon voisin, le propriétaire d’un gros fifty en acier fabriqué en Hollande m’invite à boire un verre de vin sur la terrasse d’un pub avec vue sur nos bateaux. Très vite il m’en offre un deuxième et je me sens très bien en cet instant d’échange et d’amitié. C’est un ingénieur Allemand marié à une British. Il voyage de chantier en chantier partout dans le monde. Il me raconte un coup de vent subit en Méditerranée force dix dans le nez. Pas le temps d’affaler ils se sont tout simplement réfugié à l’intérieur et ont fait route à la manière d’un cargo à la cape : pile face au vent, toutes voiles dehors. 6 heures après, le coup de vent s’est transformé en brise force 4 mais les voiles étaient en lambeau ! Pas grave il en a racheté un jeu tout neuf ! Je me demande comment s’en sort Olivier seul vers l’Uruguay.

 
Samedi 16 décembre

8h00 Douche, règlement du port, mise à niveau des pleins de gasoil et d’eau, et me voilà dans le tube comme dit Papa. La météo est musclée mais tout à fait gérable. Il aurait fallu que j’attende un vent portant pour sortir du goulet, mais je n’ai pas le temps alors je navigue au prés serré en tirant de nouveau des bords d’une limite à l’autre de la veine de courant pour l’instant favorable. C’est comme pour sortir de la rade de Brest un an plus tôt, sauf qu’ici, c’est beaucoup plus long et c’est bourré de cargos. Le courant doit inverser à 18h45 et je sais maintenant, vu au rythme auquel j’avance contre le vent, que je serai encore dans le Détroit. La sortie s’annonce longue et difficile. Le vent est de force 5 et de secteur.....sud ouest ! ! ! ! En plein dans le pif.

19h35 Et oui, elle est très longue cette sortie du Détroit. Voilà déjà 7 heures que je tire des bords et je ne suis qu’à mi parcours entre Gibraltar et Tarifa. Je vois distinctement les feux de Tarifa mais ne suis pas prêt de les atteindre. D’autant que maintenant les courants et les vents que je subis dans les deux veines A et B, sont contraires. Je me suis même fait un graphique avec les sinusoïdes des marées pour bien visualiser le phénomène. Je ne retrouverai un courant favorable qu’a 21h00 entre la cote et la ligne A.
Entre les lignes A et B il faudra attendre minuit. Le vent est en train d’orienter vers l’ouest ce qui a pour effet de me rabattre vers la cote espagnole. Mais dès mon prochain virement de bord tribord amure, je devrais enfin gagner du terrain (en théorie). D’ailleurs, ce vent qui tourne est en train de se casser la gueule ! Je ne serais pas surpris qu’il soit mort lors de prochain virement de bord. Enfin, je fais tout de même route vers l’Atlantique. Je n’y suis pas encore mais bientôt. Je me considérerai enfin en Atlantique après avoir dépassé la longitude de Tarifa. Ah, il est temps de virer car mon sondeur indique trente mètres. Malgré mes craintes, le vent tient bon, même après le coucher du soleil ! Ca me change du rythme méditerranéen ou, le soir venu, je ne pouvais plus compter sur le moindre souffle de vent.

20h00 On dirait que l’Atlantique me souhaite la bienvenue. Le vent est passé suffisamment ouest pour me permettre de faire route vers le phare de Tarifa. Je vais peut-être pouvoir espacer les virements de bords. Le Détroit est capable de présenter tellement de différentes facettes. Il y a un an je l’avais déboulé en trombe par l’allée centrale avec les cargos. J’étais sous spi et ça voulait ronfler. Aujourd’hui, je me bats seul avec Winnibelle contre vent et courant. Il n’y a personne sur cette veine près de le cote. Il n’y a pas de lune, tout est très sombre. On distingue seulement au loin les feux et lumières de la ville de Tanger en Afrique, et de Tarifa en Espagne, mais au milieu, ou je me trouve actuellement, c’est glauque. Un coup d’œil derrière moi. Il ne reste qu’un gros point rouge fixe. C’est le phare d’entrée de la baie de Gibraltar. Il est unique, placé haut sur le rocher, il ne clignote pas. C’est rouge. Un gros nez de pochetron britannique ! !

20h40 Le vent se maintien au nord ouest force 3 à 4. J’ai tout dessus. Il fait froid. 13 degrés dans la cabine, mais dehors c’est une autre histoire. Je me suis emmitouflé dans mon ciré, bottes etc. Je repense à Olivier sur son Jouet 1300 lui aussi seul. Cette rencontre m’a laissé une belle impression. La peur ne l’habite pas il fonce en toute sérénité. Ç’a fait du bien d’en rencontrer des comme ça !

22h15 Je baigne enfin dans l’Atlantique. Le phare énorme de Tarifa se situe exactement à ma perpendiculaire. Le trafic est très important. Mes doigts ne fonctionnent pas très bien à cause de la fraîcheur de la nuit. Maintenant il faut que je remonte un peu vers le nord ouest pour m’écarter du rail des cargos par le nord. Puis quand je m’en serai suffisamment éloigné, je plongerai vers le sud en m’écartant du vent.








































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